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Edito des Alcyons, par Bernard Chabbert

"C’est la noblesse de celui qui pilote d’être un passeur d’humains"

Durant les années 30, surnommées par les historiens de l’aviation The Golden Age, l’Age d’Or, tant il s’y passa de moments merveilleux dans l’histoire du ciel, on vit en Allemagne brûler des livres en place publique. Des livres entassés en petites collines, qui se consumaient dans la nuit sous les vociférations de foules ravies de voir ainsi disparaître en étincelles, flammes et fumées des œuvres, des idées, des concepts auxquels elles pensaient n’avoir pas accès. Elles se sentaient étrangères aux livres, et donc les rejetaient de la manière la plus sordide qui soit, sans pourtant appartenir à une civilisation barbare.


Quel rapport entre un livre et un aérodrome ?

Un livre ouvre au monde des autres. Un livre rapproche les hommes, fonde la communauté de ceux qui l’ont lu et qui découvrent ainsi, lorsqu’ils se rencontrent, avoir quelque chose en commun, et partager des émotions. C’est la noblesse de l’écrivain que d’être un passeur d’idées. Sans livres, l’humanité ne serait pas allée bien loin dans son évolution.

Un aérodrome ouvre au monde des autres. Une petite piste, aussi modeste soit-elle, relie la communauté qui vit à proximité avec toutes les autres communautés du monde. Un village doté d’une piste d’aviation se sent moins seul sur la planète. Les habitants qui prennent la peine d’embarquer dans un avion, aussi petit soit-il, partent rencontrer d’autres humains, avec lesquels seront partagées des idées, des émotions. C’est la noblesse de celui qui pilote d’être un passeur d’humains. Sans ses avions, les gros et les petits, l’humanité d’aujourd’hui imploserait.

L’aviation n’est pas seulement une aventure technique, un moyen de transport, une industrie, une source de profit ou de pollution. L’aviation est un fait de civilisation, et les apprentis sorciers qui au nom de raisons obscures et attentistes nient ce fait de civilisation sont des équivalents modernes des organisateurs de bûchers à livres de l’ère nazie.
Certes, les aviateurs ont des responsabilités. Ils doivent faire en sorte de faire évoluer l’aviation en accord avec les nouveaux impératifs, et par exemple il est scandaleux de constater que les responsables aéronautiques français n’aient pas encore placé, comme cela a été ait depuis longtemps en Suisse, la systématisation de silencieux sur les avions légers exploités dans le pays qui a fait naître ce fait de civilisation voici un siècle.

La communauté des aviateurs est mal connue des allumeurs de bûchers potentiels, qui pensent n’être pas concernés par l’aviation et donc, petit à petit, la rejettent.
Pourtant la communauté des aviateurs, plus de 100.000 en France, utilise les véhicules les plus contrôlés du pays, et ce contrôle (coûteux) est effectué par les services de l’état. Les aviateurs sont le groupe de citoyens le plus contrôlé par les mêmes services de l’état : licences de pilote (on peut partir sur un voilier de vingt mètres sans aucun diplôme) remises en cause par des visites médicales (aucun médecin ni avocat ni chef d’entreprise ni enseignant ni élu n’est soumis à des contrôles médicaux susceptibles de remettre en cause son statut), qualifications, contrôles réguliers du niveau de compétence, par des personnages nommés par l’état. Aucun conducteur ne subit tout cela.
Au bilan, les aviateurs et la pratique du pilotage sont organisés dans un système qui fait de cette population un exemple citoyen.

Or nous voyons, de plus en plus, se dessiner une mise à l’index de l’aviation publique française et au-delà de l’aviation publique européenne. Cette mise à l’index est le fait de groupes et entités qui, de bonne foi, obéissent à des doctrines et des dogmes posant en théorème absolu la nocivité de l’aviation. Comme les brûleurs de livres, ces groupes et entités ne se sentent pas concernés par ce qui se passe dans le ciel, et donc rejettent aérodromes, avions, aviateurs.

Si ce processus n’est pas inversé, il faudra sans doute, d’ici une ou deux décennies, s’en aller voler dans des parcs aériens installés dans des cieux amicaux aux aviateurs : Etats-Unis, Canada, Nouvelle Zélande, Australie, nations dont la philosophie citoyenne accepte l’aviation comme faisant partie de leur civilisation, au même titre que les livres, et non comme un mal plus ou moins nécessaire.

Pourtant, le public a soif d’aviation. Car il sent que dans le ciel, il n’y a pas de place pour la médiocrité, la tricherie, le laxisme. Il sent que là-haut, même à bord d’un petit avion, il y a la rencontre avec certaines vérités, et l’exercice de la liberté pure dans un cadre de beauté absolue. Peut être, d’ailleurs, que ce sont là les raisons du rejet par certains de l’aviation publique, celle des citoyens de base ?

Bernard Chabbert

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