L'idée était d'aller assister à un mariage d'un ami à Florence, ce vendredi 14 août. Aussitôt le faire-part reçu (en mai), j'en parle autour de moi et j'essaye de convaincre l'un et l'autre qu'il serait bien plus sympa de faire le trajet en DR400 qu'en A320. Beaucoup trouvent cela marrant, certains disent peut-être, mais 15 jours avant le départ, force est de constater qu'aucune connaissance des futurs époux n'est prêt à monter dans un aussi petit engin pour se rendre au mariage.
De permanence à l'aéro-club dimanche dernier, je décide donc de troquer le DR400 prévu avec un DR221, aussi excellent de voyage par sa capacité d'emport -trois solides personnes plus bagages- , exceptionellement disponible durant ce mois d'août et surtout nettement plus économique si les frais sont à partager en ... 1. Quelques courageux passent à l'aéro-club durant la journée et c'est finalement Christian, notre ami québécois de l'aéro-club UTA que je parviens à convaincre de partir avec moi. Quelques formalités administratives plus tard (il faut que Christian adhère à l'AC pour pouvoir voler sur ses avions) et nous voilà en train de préparer notre voyage. Ce sera donc Saint-Cyr - Genève et ensuite Genève - Florence.
Jeudi, 9h45 Christian décolle de Saint-Cyr, sous plan de vol pour un vol quasi direct vers le col de la Faucille, la météo est bonne, mais des orages se préparent sur les Alpes, il vaut mieux ne pas tarder.
Atterrissage sur la piste en herbe, après une finale au-dessus du bois, follow-me, parking et minibus jusqu'à la douane, météo, taxe (21.10 CHF) et 2h30 de vol.
L'accueil de tous était très sympa, les douaniers, le préposé aux taxes, les bornes multimédia pour prendre la météo et déposer le plan de vol, le fuel qui se fait tout seul et les sandwiches de la buvette. Nous retournons à l'avion avec le minibus, je mets en route et appelle le sol pour le roulage, destination Florence. "Genève sol ZP vous pouvez mettre en route, rappelez prêt pour le roulage". 1/2 seconde plus tard, "ZP prêt pour le roulage!" - "ZP habituellement on demande la mise en route avant de mettre en route, roulez jusqu'au point d'arrêt et rappelez prêts" - "on roule, désolés pour ce quiproquo ZP" - "ce n'est rien, on apprend tous les jours". Même les contrôleurs sont sympa en Suisse, c'est génial.
Nous décollons, direction Annecy, on passe avec Genève Approche, ensuite Chambéry Approche et nous montons vers le FL105. Hésitation, je passerais bien au dessus de Courchevel et de Méribel pour essayer de convaincre Christian d'y aller le week-end prochain, mais de gros nuages très gris (même noirs), me font préférer la vallée de la Maurienne, Albertville, Saint-Jean de Maurienne, Modane, et nous passons le lac du barrage du Mont-Cenis pour nous engager vers Torino.
Marseille Info ne nous recevait pas dans les Alpes et nous passons avec Milano Information pour quelques minutes avant de contacter Torino Approach et de descendre au FL85, limite de la TMA de Milan (classe A). Nous passons avec Genoa Approach. Les communications sont toujours très cordiales et sans ambiguités: "Zoulllou Pap-Pa, what is your next reporting point and estimate?" "Golf Echo November VOR at 55 ZP" "roger ZP, report Genoa VOR". Nous descendons au FL75 toujours à cause de la TMA de Milan. Arrivés à Genoa, nous avions projeté de descendre par la côte jusqu'à Pisa mais la côte est couverte de brume et nous changeons notre plan de vol pour rejoindre directement le TACAN de Firenze. C'est ensuite Pisa Approach qui nous contrôle et qui nous rappelle (informe) que le point d'entrée VFR obligatoire de Firenze Peretola est Galciana et qu'il est donc inutile d'essayer de rejoindre Peretola en direct.
Reprenant notre fiche Bottlang nous trouvons facilement Galciana où devons faire 2 360° afin de laisser un BA146 se poser. Manifestement le contrôleur de Peretola Tower ne connait pas les caractéristiques du DR221 (croisière 195 k/h finale à 105) et nous trouve un peu lent pour notre base, finale et atterrissage sur 150m à peine. Bien entendu il n'y a que 2 taxiways à l'autre extrémité des 1600m de piste et nous expédions le roulage pour laisser place à un autre BA146 pour back-track. Nous avons droit à un minibus follow me qui nous emmène au parking aviation générale, judicieusement placé à l'opposé de l'aérogare et servi par la seule société de handling du coin, 3h15 de vol.
Je m'attendais à être obligé de faire appel à leurs services, mais j'espérais pouvoir y échapper... en vain. En lisant la carte dans le Bottlang on y apprend que le parking est limité et qu'il faut un PPR pour rester plus de temps que nécessaire pour déposer des passagers.
J'avais donc fait le nécessaire et faxé notre demande au commandant d'aérodrome, mais c'était déjà la société de handling qui m'avait répondu qu'il n'y avait aucun problème pour rester le temps qu'il nous plairait. Malgré une douzaine d'appels, personne n'avait pu me dire le montant des taxes et services divers, même la société de handling m'avait dit que nous nous arrangerions sur place et qu'ils ne pouvaient pas me donner de prix par téléphone. Nous poussons l'avion dans l'herbe, l'amarrons et lui passons sa bâche des fois qu'il prenne froid la nuit...
La charmante hôtesse nous escorte jusqu'au terminale en minibus et nous fait passer la douane. Je vous passe l'aspect touristique et le compte-rendu du très beau mariage de Marco et d'Isabelle.
Nous revenons à l'aéroport de Peretola le dimanche matin. N'ayant toujours pas eu plus d'infos sur les prix des services de la société de handling nous décidons d'essayer de nous débrouiller nous même un maximum afin de réduire les frais. Nous suivons le "C" qui nous mène à un bureau où le préposé ne nous aide pas trop si ce n'est en appelant la société de handling. Entre-temps je me suis rendu au bureau d'Air France où le responsable d'escale m'a sorti la météo immédiatement, sympa. Nous devons donc suivre l'hôtesse à travers les douanes, minibus jusqu'au bureau de piste et météo, ou nous recevons une météo plus complète et déposons un plan de vol pour Bâle-Mulhouse. Re-minibus et arrivée à l'avion (qui n'avait pas eu froid).
La société de handling ne fournit pas l'essence, il faut pousser l'avion jusqu'à la pompe (on le fait bien à l'aéroclub) payer les 71l d'essence (chère et non détaxée pour les privés) et revenir payer les services de la société de handling: 190128 LIT (c'était la première fois que je voyais des gens compter en unités de LIT) soit 200 EUR environ. Le gros du budget était le supplément "overnight" à 30000 LIT la nuit, ensuite diverses taxes d'aterrissage, de parking, de handling, de supplément de handling de 5% car c'est dimanche et d'IVA (TVA italienne).
Christian met en route, roule, s'aligne, décolle, et nous partons vers le nord par FRZ, PAR, TZO en montant vers le FL85 que nous atteignons péniblement en nous battant avec Milano Information qui nous reçoit 1/5 et qui finit par nous expliquer que nous devons redescendre à 2500AGL (en dessous de la TMA de Milan, classe A). Nous insistons en expliquant que nous mettons beaucoup de temps à monter et que nous désirons garder cette altitude afin de passer les Alpes. Non, ce n'est pas possible, vous devez descendre. Avez-vous une autre route à nous suggérer pour contournement? Non, ce n'est pas possible, vous devez descendre. Nous descendons donc en essayant de profiter au maximum de l'altitude gagnée pour augmenter notre vitesse et nous passons TZO à 1500 pieds sol ! Nous remontons doucement pour passer le lac de Côme, le paysage qui nous avait déçu après avoir quitté Firenze et jusqu'à Milan devient... ...féérique.
Les montagnes sont belles, la visi de 6km à Florence s'est un peu améliorée et la région est superbe. Nous passons avec Zurich Info, la communication n'est pas très bonne. Nous passons Lugano et Christian me fait remarquer la jauge, fort basse à son goût, et c'est verticale Locarno que nous décidons de revenir nous poser à Lugano pour faire de l'essence. Nous prévenons Zurich Info qui change notre plan de vol et contactons Lugano pour une descente du FL65 en finale pour la 19 à 200 k/h entre 2 bi-turbo prop de Crossair et posé à un peu moins de 1000 pieds QNH. Follow-me pour le parking herbe. Il est toujours facile de refaire le calcul au sol ensuite et de se dire que les 55l consommés en 2h15 de vol nous auraient laissé la possibilité de rejoindre Bâle ou Zurich, mais dans ce genre de situation, il vaut mieux être prudent et la décision de se poser à Lugano était définitivement la meilleure.
En une quinzaine de minutes 5 appareils Crossair se sont posés et ont redécollé 25 minutes plus tard (un mini-hub). L'accueil fut à nouveau charmant et toutes les personnes rencontrées à l'aéroport furent là pour nous aider au maximum. Nous en profitons pour déjeuner, mais après ½ heure d'attente, on nous explique que notre commande a été oubliée, nous changeons tout pour un sandwich (au bureau de piste/météo on nous a dit que le club de tennis à 50 m de la était plus sympa) et accélérons le pas pour poser notre plan de vol, toujours pour Bâle car c'est le seul aérodrome douanier ne nécessitant pas de préavis à distance raisonable.
Mise en route, roulage, décollage en 19, nous montons au dessus du Lac, c'est vraiment superbe. 180 à gauche autour d'une colline, travers tour, point November, nous quittons Lugano pour essayer en vain Zurich Info. Locarno, encore un lac sur notre gauche et nous remontons vers Biasca, sous une bonne pluie, mais c'est clair derrière, nous poursuivons. Petite hésitation: la vallée de gauche ou celle de droite?
Vérification: une route à gauche, une route à droite, de l'eau à gauche de l'eau à droite. "A l'heure qu'il est, nous devrions être là" me montre Christian sur la carte. "Oui et donc c'est à gauche au 330 environ". Le cap et la montre cela fonctionne aussi en montagne :-) Nous passons Ambri et prennons à droite la Gotthardpass (avec de nombreuses retenues d'eau) qui nous mène vers Luzerne. Les montagnes dans cette région me paraissent plus impressionantes, leurs parois sont plus abruptes, le ciel est partiellement couvert, mais les lumières enchanteresses. Altdorf, nous parvenons à joindre Zurich Info: "ZP inbound to Whisky India Lima at 04" "Zurich Info ZP maintain VFR altitude avoid Zurich TMA and report Wilissau VOR". Nous passons WIL en évitant la TMA de Zurich et passons avec Bâle Approche. En voyant la carte de Bâle, j'avais innocemment imaginé une directe vers la 34.
L'ATIS nous donne la 16 (ILS) avec un vent de 320/6. Nous descendons et nous dirigeons vers EB (je ne me souviens plus exactement l'ordre exact de points EB - EA - E) pour nous retrouver à 3000 pieds puis 2500 avec la tour qui nous demande de confirmer un complet. Nous confirmons. Un avion venant de l'Est demande la 25 (je ne suis plus sur du QFU exact) qui lui est refusée. Il y a beaucoup de trafic commercial à Bâle, beaucoup plus qu'à Genève il me semble, mais surtout la seule piste en service est la 16. Voyant que nous étions un peu comme un chien dans un jeu de quilles, je rappelle la tour en lui expliquant que la raison de notre complet à Bâle est purement douanière et que si c'est possible et plus facile pour lui, nous nous contenterions de clôturer notre plan de vol et de continuer sans se poser. "ZP je vous rappelle". une lueur d'espoir apparaît, mais elle est de courte durée: "Bâle Tour ZP c'est votre problème si vous ne voulez pas vous poser" - "ZP nous passons Echo à 1500 pieds pour un complet" - "ZP faites un 360 par la droite et rappelez vent arrière". En fin de vent arrière, je rappelle mais nous devons retourner vent arrière travers tour pour remonter à nouveau les 3900 mètres de la 16. Nous croisons un Saab en finale et tournons en base avec un gros à 5 nautiques en finale.
Posé, nous dégageons premier taxiway à gauche où nous laissons passer 3 "gros" remontant Bravo pour le point d'attente 16. "ZP prenez Bravo, roulez vite et éventuellement placez vous en attente sur le prochain taxiway". Heureusement nous arrivons au parking aviation générale en une fois où nous attendons le placeur et nous parquons sans l'attendre sur les conseils de Bâle sol, 1h50 de vol (360s, attentes et roulages compris :-))
Nous sortons de l'avion et nous dirigeons vers le bâtiment marqué d'un "C", 3 gendarmes suisses jouent aux cartes et sont "contents pour nous", ils nous expliquent qu'en fait il vont appeler un minibus pour nous emmener au vrai "C" afin de payer notre taxe. Minibus donc, terminal, douanes, accueil très sympa, taxe chère (136 FRF). Retour au minibus, mise en route (après avoir demandé au sol cette fois-ci), roulage pour décoller mi-piste entre 2 gros (encore !). Cap à l'Est vers Melun. RAS pendant 2h40 de soleil de face jusqu'à l'atterrisage à Saint-Cyr à 21 heures, si ce n'est un sourire lors d'un quiproquo entre Reims info un peu fatiguée et un VFR November Alpha Juliet l'appellant alors qu'il n'est pas dans sa zone au FL280, le N19J étant un IFR qui demandait simplement la fréquence du contrôle. La plaine est décidément bien monotone.
Voilà donc une balade de 12h30 de vol, durant laquelle nous avons vu de magnifiques paysages, rencontré des gens très sympa et professionnels, mais qui surtout nous a beaucoup appris.
C'était vraiment une très bonne expérience !
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