
Comme d’habitude, nous avions prévu tous les trois notre départ le lundi, à bord de notre avion favori, un DR400-160. Monsieur météo en ayant décidé autrement, il nous avait paru plus sage de prendre la décision, toujours ô combien douloureuse, de reporter notre premier vol, au lendemain.
Le lendemain, quoique meilleure, la météo n’était guère encourageante. Au moins avions-nous une chance de passer entre les cunimbs, et bien sûr, nous n’allions pas laisser passer cette possibilité. Nous décidons donc « d’aller voir ». Et effectivement, nous avons vu que ça passait facilement, au prix de quelques petits déroutements.
Notre première escale visée est METZ-Nancy-Lorraine. Nous y arrivons sur le coup de midi et, plan de vol pour Tempelhof déposé, nous allons tranquillement déjeuner à la cafétéria de l’aérodrome. Tranquillement si l’on veut … car la cafétéria est envahie par une escouade de militaires français, béret noir sur la tête et béret bleu en poche, en partance pour une autre aventure.
Il est 13h30 quand nous nous réinstallons dans l’avion. La Chek-list consciencieusement déroulée aboutit au constat que nous avons oublié de refaire le plein d’essence, alors que c’était l’objet même de notre escale. Le plan de vol étant encore valide pendant une heure, nous pensons avoir le temps d’avitailler. Nous allons rapidement au bureau de piste demander l’essence, mais l’on nous répond qu’il n’a pas de 100 LL à Metz NL. Nous n’en croyons pas nos oreilles. Evidemment, nous n’avions même pas regardé les cartes VAC car nous y avions déjà refuelé, il y a environ 5 ans il est vrai, et nous ne pensions pas qu’un tel aérodrome, qui se prétend aérodrome de Lorraine, excusez du peu, puisse tomber aussi bas. Il n’y a plus qu’à annuler le plan de vol et nous rendre, d’un saut de puce, à NANCY, où nous faisons le plein. Le responsable du terrain, très sympathique, nous dit d’ailleurs que notre mésaventure est courante. Ce serait sans doute trop demander au personnel du bureau de piste de METZ-NL, de rappeler à tout hasard aux gens qui viennent déposer un plan de vol, par exemple, qu’il n’y pas de 100 LL chez eux. Bon, d’accord, nostra culpa, nostra culpa…
Nouveau plan de vol déposé par téléphone au BRIA qui, pour aller plus vite, ressort opportunément celui précédemment annulé, et nous voici partis de nouveau en slalom géant, de cumulus en tower-cumulus, vers Berlin. Le premier point de report sur Tempelhof passé, nous devrions tourner à droite au confluent de deux rivières et suivre celle de droite. Malheureusement, la rivière de droite n’est en fait qu’un petit ruisseau que nous ne voyons pas. Nous continuons à suivre la grosse rivière, car nous avons visuel en face sur un aérodrome. Malheureusement, il s’agit de TEGEL. Le temps que nous nous en rendions compte (bizarre, notre cap, il faudrait voir…), le contrôle ne nous laisse pas le temps de nous enfoncer dans notre confusion, et nous ordonne gentiment un 90° à droite immédiat. Lequel, une fois exécuté, nous fait apparaître un autre aérodrome, qu se trouve bien sûr être celui de Tempelhof. Mille excuses, Sir... L’approche sur Tempelhof nous fait penser à ce que nous avons lu sur les survols de New York, ou Montréal. La longue finale 27 se fait en pleine ville, et la courte à une poignée de pieds au dessus des terrasses des immeubles à cour carrée qui se succèdent. De plus, la pluie venait juste de cesser sur la piste et celle-ci, face au soleil déjà bas sur l’ouest, brillait comme une rivière de diamants, ainsi que ce magnifique immense parking en arc de cercle qui est la signature de ce merveilleux terrain.
Pour les plus jeunes, rappelons ici que Tempelhof est ce terrain historique cher, très cher au cœur des allemands, puisque c’est par celui-ci uniquement que Berlin Ouest fut sauvée du blocus Soviétique grâce au pont aérien mis en place par les américains, en 1949 et qui permit alors à la population d’être ravitaillée. Des centaines de DC3 s’y posaient par jour et ceci dura 11 longs mois. Aujourd’hui donc, ce n’est pas le bruit d’un petit avion de tourisme qui déclenche des pétitions de la part des Berlinois…
Posés, nous suivons le follow-me jusqu’à notre place de parking assignée. Plein aussitôt fait. Aucune tracasserie administrative à craindre de la part des allemands, pas de doute. On nous indique l’hôtel Columbia, qui se trouve à 10 mn à pied de l’aérodrome. Non seulement nous économisons ainsi un taxi, mais de plus, la chambre double, à 70 euros, est d’un prix tout à fait abordable. Comme on le verra par la suite, nous nous apercevrons que, pour un VFR, il est bien commode de pouvoir aller et venir à pied vers son aéroport…
Une fois installés dans nos chambres, nous nous empressons de les quitter pour nous rendre, grâce au métro qui se trouve à 50 mètres de l’hôtel (vraiment à recommander, cet hôtel) au centre ville : la Porte de Brandebourg by night, parée d’un immense ballon de football (la coupe du monde débute dans 3 semaines), le Bundestag… Il est déjà tard et peu de restaurants sont encore ouverts. Celui pour lequel nous optons n’a pas un nom très berlinois : Pépita…Il n’en délivre pas moins une bonne cuisine allemande.
Le ciel est d’un gris si profond qu’il donne envie de pleurer ! La météo, consultée par téléphone depuis notre chambre, laisse entrevoir des éclaircies l’après-midi. Effectivement, vers 15 heures, les éclaircies annoncées apparaissent, d’abord timides, puis de plus en plus racoleuses. POZNAN, notre prochaine escale en Pologne, annonce un plafond de 2000 ft. Plus qu’il n’en faut pour nous inciter à « aller voir ». Plan de vol déposé, le QFU vers l’ouest nous oblige à faire, aussitôt décollés, un demi tour en plein sur le centre ville à 1000ft, pour transiter via les points E2, E1...et mettre le cap à l’est. Vous imaginez la jubilation dans le cockpit. Quand on pense qu’en France, on n’a même pas droit au transit nord du Bourget. On a beau se dire qu’on radote, il est difficile de croire que notre administration nous veut du bien. Celle-ci n’a toujours pas admis qu’une probabilité d’accident de 10-7 est négligeable et doit être négligée. Et que l’on doit accepter que, un jour, l’accident pourra arriver. Sinon, autant interdire tout de suite les avions, les voitures, les vélos, les escaliers et les pots de fleurs aux balcons…
A part cela, tout va bien. La visibilité est « sup. à 10 km » et le plafond de 3 000 ft. La frontière passée (balise VOR SUI), nous contactons difficilement Varsovie Info. Nous sommes sans doute trop bas et attendons patiemment d’avoir une meilleure réception. Une astuce pour cela, que tous les pilotes ne connaissent pas forcément: Il suffit de supprimer le squelch (sur la radio King KX 155, il faut tirer -gentiment- sur le bouton ON/OFF). Le bruit de fond devient alors important, mais la sensibilité est fortement améliorée et l’on reçoit alors clairement les émissions, même faibles.
Cependant, la région devient très boisée et les cumulus se transforment en stratus, incontournables par le haut, par le bas, par la droite, par le gauche. Bref, il faut appeler les choses par leur nom, la seule solution est la fuite en arrière. Nous annonçons notre décision à Varsovie info, puis re contactons Tempelhof. Après ces quelques minutes de tension dans le cockpit (passera, passera pas ? N’est-on pas déjà allé trop loin ?), une fois la décision de retour prise, nous nous sentons envahis d’un sentiment de bien-être très agréable. Nous retournons vers le beau temps et nous commençons à connaître le coin. Les points de report E n’ont plus de secret pour nous. Posés sur la 27, comme « d’habitude », follow me, essence recomplétée, retour à « notre » hôtel préféré où nous retrouvons « nos » chambres… Tout va désormais très vite, comme par routine.
Retour au centre ville et cette fois-ci, nous trouvons un restaurant au nom on ne peut plus typique : le Berliner.
Le ciel est aussi gris que la veille, et en plus, brumeux. Nous nous rendons à pied à l’aéroport pour nous installer dans la salle de self briefing, d’où nous pouvons entrer en contact téléphonique gratuit avec un météorologue. Il est plutôt optimiste, mais le METAR de Poznan est identique à celui de la veille. Début d’après-midi, il change brusquement pour annoncer…CAVOK. Nous déposons aussitôt notre plan de vol et fonçons, toujours à pied, vers notre hôtel pour récupérer nos bagages.

Il est 16 h 45. Cette fois, la piste en service est la 09. POZNAN est donc tout droit, juste en face. Les cumulus font maintenant place à des altostratus, et le CAVOK ne devrait plus être bien loin. Facile de voir où se situe la frontière : les maisons, pourtant moins coquettes que celles de l’ex-Allemagne de l’ouest, font place à des maisons pas coquettes du tout. Une zone militaire active nous contraint à un léger détour. Nous rejoignons le point d’entrée ROMEO et nous nous posons tout droit en 25. Le follow-me nous conduit directement à la station d’essence car nous avons signalé à la tour de contrôle notre intention de repartir immédiatement pour Varsovie. Nous refusons poliment le handling qu’une jeune femme est venue nous proposer, et pendant que l’un de nous s’occupe du plein d’essence, les deux autres déposent le plan de vol et prennent la météo : Beau temps prévu, avec quelques risques de cumulo-nimbus. Nous avons opté pour Varsovie-Babice, car la taxe y est moins chère qu’à Varsovie-Okecie, terrain international. L’escale nous a pris près de une heure et nous décollons pour une heure de vol. Les ombres au sol nous paraissent bien longues. Nous vérifions et re vérifions l’heure du coucher de soleil et les décalages horaires car ce serait trop bête de se faire piéger. La Pologne est comme la France, en TU + 2, quoique à plus de 1000 km à l’est. Mais non, tout va bien, nous nous poserons avant la nuit aéronautique. Contournement de quelques grains et nous arrivons via KURNO, puis le VOR WAR presque directement dans le circuit de piste de BABICE. Ce circuit, « respectueux de l’environnement » (entendez par là, tarabiscoté, mais facile à suivre) amène à une étape de base sur la Vistule. Le contrôleur ne parle pas très bien l’anglais, ce qui nous arrange car nous n’avons aucun mal à le comprendre.
Ce terrain est une immense zone de verdure. Si le seuil de piste (la 28) est décalé de près de 300m, c’est pour laisser la place à des motos qui y tournent, pas du tout gênées par notre survol en très courte finale. Visiblement, les polonais ne sont pas encore contaminés par le tout sécuritaire et les 1 500 m qui nous restent sont amplement suffisants pour notre avion.
Seul, un Cessna 150 qui fait des tours de piste au loin rompt un peu l’immobilité qui règne auprès de la tour.
Trop tard pour faire de l’essence, nous verrons cela demain. Au loin, Varsovie commence à s’illuminer. On la dirait tout à coup énorme, surgie des mornes plaines qui nous entourent.
Nous faisons confiance au choix de notre chauffeur de taxi qui nous dépose à quelques kilomètres de l’aéroport à l’hôtel TINA, au cœur d’un immense centre commercial. L’hôtel est moderne, mais qui a dit qu’il fallait avoir peur du fameux plombier polonais ? Les radiateurs de nos chambres, fixés au beau milieu des murs (en hauteur !) et les tuyaux on ne peut plus apparents sont d’un effet saisissant et pas très conformes à notre conception du beau boulot, en France.
Exceptionnellement, nous nous résignons à dîner dans un Mac Do car il semble seul dans le quartier et face à l’hôtel.
Nous sommes réveillés de bonne heure par le soleil qui perce les maigres rideaux de nos chambres. Le buffet du petit déjeuner est copieux. L’hôtel semble fébrile car une conférence de marketing s’y prépare. La très jolie réceptionniste nous laisse l’accès à « son » internet, qui nous apprend que les conditions météo s’améliorent pour l’après midi. C’est donc le cœur léger que nous prenons matinalement le vieux tram n°26, qui doit dater de la guerre, pour nous rendre au centre historique de la ville : l’église Ste Anne, la colonne Zygmunt III, la grand place carrée, les remparts et la barbacane. Tout cela a été reconstitué après la seconde guerre mondiale. Le Musée Historique de Varsovie délivre en français un film relatant la résistance héroïque mais désespérée du gettho juif contre les nazis, et nous y voyons une Varsovie complètement dévastée.
Après le déjeuner, nous reprenons le tram. Nous sortons une grosse coupure pour payer nos places mais la conductrice, qui n’a pas de monnaie, préfère nous offrir la gratuité de ce voyage. Sympa !
Nous reprenons nos bagages à l’hôtel et un taxi nous débarque à l’aéroport. Nous montons à la tour pour déposer notre plan de vol et là, horreur, notre album de cartes Jeppesen n’est plus dans nos bagages. Coup de téléphone à l’hôtel qui nous rassure en nous disant que la femme de ménage a effectivement trouvé cet album en faisant nos chambres ce matin. Il faut rappeler un taxi pour que l’un de nous retourne à l’hôtel et ramène 20 mn plus tard le précieux bouquin. De retour à l’aéroport, il n’a pas le temps de débarquer qu’on lui annonce la mauvaise nouvelle : Il nous faut payer la taxe de 85 zlotys (25 euros, raisonnable) en liquide et nous n’avons plus d’espèces. Le taxi le ramène donc une nouvelle fois près de l’hôtel pour trouver un distributeur automatique de billets. Finis, les malheurs ? Non, car nous apprenons que ne pouvons nous rendre directement à Vilnius, en Lituanie. Du fait que Babice n’est pas international, il faudrait convoquer la douane ici. Il faudrait payer son déplacement, très cher et un préavis de plusieurs heures est nécessaire. Seule solution rapide : aller nous poser à Varsovie-OKECIE. Justement, ce que nous voulions éviter avec notre escale à POZNAN !.Tout faux !
Pour un saut de puce de 10 mn, il nous faut quand même déposer un plan de vol. Nous décollons en 02, directement face à OKECIE, mais il nous faut néanmoins respecter les point de report Z, N, O, E, puis faire un 360° autour d’E pour laisser un liner se poser. Nous nous posons sans plus d’encombre en 33 et suivons le follow-me pour notre parking. Le handling est obligatoire, mais pas synonyme de rapidité car nous devons attendre longtemps l’essencier. Cela nous laisse le temps de remplir un plan de vol pour VILNIUS, avec décollage vers 17 heures. Non sans avoir acquitté au préalable le prix de la taxe et du handling (415 zlotys, soit 5 fois plus qu’à Babice)
Roulage autorisé, nous sommes perplexes et pas sûrs des taxiways à suivre pour nous rendre au seuil de la piste 29, d’autant qu’il faut croiser la piste 33. Plutôt que de faire une bêtise dans ce labyrinthe, nous préférons demander à la tour de nous envoyer un follow-me (après tout, nous avons payé suffisamment cher de taxes pour ne pas nous gêner). Celui-ci arrive très rapidement et nous conduit au seuil de piste. Nous quittons Okecie par le point novembre, puis continuons vers le nord-est, à 3 000 ft. Peu après le VOR SUW, nous passons la frontière à VABER et tentons de contacter, sans succès, KAUNAS-Info. Dix minutes plus tard, nous tentons VILNIUS-Info, qui semble découvrir notre existence, mais nous prend en charge, pour nous repasser ensuite à la tour de contrôle qui nous donne la 02 en service, tout en nous prévenant de la présence de 4 ballons montgolfières dans le secteur. Nous ouvrons l’œil, et les voyons, superbes, dans les environs de l’aéroport, mais pas vraiment dans notre trajectoire. Un follow-me nous guide au sol, et 4 employés nous entourent. Ils sont décontractés, mais intrigués par cet avion bizarre, fait de bois et toile. Nous leur faisons l’article sur cet avion, français monsieur !, et ils semblent convaincus que cet appareil est un vrai avion.
Les formalités douanières d’entrée en Lituanie sont symboliques et le préposé jette un œil distrait sur nos passeports, tout en baillant. Nous sommes ici en TU + 3 et le bureau d’information touristique est fermé, mais le Petit Futé nous propose l’hôtel Panorama. Comme son nom l’indique, cet hôtel, moderne, situé sur une hauteur, offre une vue panoramique sur la ville. Le même Petit Futé nous propose un restaurant typique, le Cili Kaimas. Malgré l’heure tardive, les rues sont pleines de jeunes gens plus ou moins avinés (ou « bierrés »), qui vont bruyamment de pub en pub. On se croirait en Angleterre…Le centre historique n’est pas très vaste, mais le plan de ville que nous possédons est tellement mal fichu qu’il nous faut une bonne heure pour trouver ce restaurant. Il est bondé. C’est vrai qu’il est vraiment très original. Sur plusieurs niveaux et en différentes salles donnant sur un puits central, la décoration est de type rustique, à base de bois, d’outils et de produits agricoles, avec un aquarium géant et un moulin à eau au sous-sol. Nous nous dévouons pour goûter la spécialité locale, le Zeppelin, sorte de quenelle de pomme de terre gélatineuse, fourré à la viande et à la saucisse. Le moins que l’on puisse dire est que cela tient au corps. L’essayer n’est pas forcément l’adopter….
La matinée est consacrée à une visite de Vilnius. Au sortir de la vieille ville, une immense place entoure la cathédrale, elle-même dominée par une forteresse d’où la vue sur l’ensemble de la ville est imprenable. Le déjeuner est pris de bonne heure et en plein air. C’est dire que le beau temps semble bien établi. Un taxi nous dépose à l’aérodrome. Le passage à la porte de sécurité nécessite une longue négociation, car l’un de nous a gardé avec lui la trousse à outils. Il est aussitôt déclaré commandant de bord et les choses finissent par s’arranger. Mais dorénavant, elle restera à bord de l’avion. Puis nous devons attendre une longue demi heure, sous escorte d’un homme de la sécurité aux allures de Rambo, qu’une voiture vienne nous faire parcourir les 30 mètres qui nous séparent du bureau du handling. Là, on nous conduit dans 3 bâtiments différents pour payer la taxe radio, la taxe d’aérodrome, puis enfin le handling…Nous avions prévu de passer par le VOR SAU, au nord ouest, mais la demoiselle du Bureau de Piste nous fait modifier notre plan de vol pour nous faire passer par le point ERIVA, à 100 NM au nord est (appelé ASTRA sur notre Jeppesen), juste à la frontière avec la LATVIE.
Nous nous installons enfin à bord de notre Major, toujours sous le regard curieux des hommes de pistes. Contact. Moteur. M… ça ne part pas. La batterie est HS. Pourquoi ? Tous les contacts avaient bien été coupés au parking. Aurions nous oublié de mettre l’alternateur en route lors du vol précédent ? Il nous semble bien que non. Nous ne saurons jamais. Il n’y a plus qu’à lancer le moteur à la main, cette fois sous le regard étonné des hommes de pistes. Le Made In France en prend un coup. Le plus expérimenté s’y colle, lui qui, dans le temps, avait l’habitude de lancer les moteurs à la main. Brassage consciencieux sur 8 demi tours, les freins, contact, démarrage au premier coup. Ouf, sauvés. Nous décollons en piste 20 et nous dirigeons tranquillement, au dessous le soleil, et au dessus d’immenses forets et lacs, vers Riga, capitale de la Lettonie, que nous atteignons vers 19h. Un vol vraiment sans histoire grâce au GPS, car il n’y a quasiment aucun point caractéristique sur cette route imposée par le Bureau de Piste.
Le follow-me nous parque vers le fond de l’aérodrome, où un camion vient nous faire le plein d’essence. Nous longeons au passage une immense casse d’avions soviétiques abandonnés (bombardiers, chasseurs, hélicoptères géants).
Le bureau d’information touristique de l’aérogare, superbe, nous dirige sur une auberge de jeunesse, « Profit Camp », situé au centre ville, où un taxi « rouge » nous dépose. Une chambre avec 4 lits métalliques superposés nous est proposée pour un prix modique, avec une salle de cuisine où l’on peut préparer soit même ses repas et petits déjeuners, et en prime deux postes internet gratuits. Ceux-ci vont s’avérer très utile car le mauvais temps est revenu, il pleut abondamment, et nous devrons prolonger notre séjour à Riga d’une journée supplémentaire. Ce qui ne sera pas perdu, puisque nous visiterons la ville de manière plus approfondie. En particulier, un musée sur l’histoire récente de la Lettonie, écartelée et envahie alternativement par les russes et les allemands, (comme les autres pays Baltes, d’ailleurs), nous laisse songeurs et admiratifs de ce petit peuple qui a tant souffert du nazisme puis du communisme, jusque récemment, pour sa liberté.
Et voilà, le beau temps est revenu : 9999, SCT 018 ici, CAVOK à Tallin, capitale de l’Estonie. Nous sommes levés dès 7 heures et prenons un taxi « blanc ». Nous apprenons, en payant la course, 12 Lat au lieu de 6 avant-hier, que les taxis « blancs » sont des taxis « business », plus chers, tandis que les taxis « rouges »sont des taxis ordinaires. Bon à savoir.
Pas de taxe radio ici car notre poids est inférieur à 2 tonnes, mais la taxe d’aérodrome est quand même de 50 euros. Nous démarrons le moteur avec une certaine angoisse, à cause de notre batterie suspecte. Mais non, aucun problème, elle donne toute sa puissance et le ronronnement du moteur nous comble de plaisir. Il en faut peu, parfois, pour être heureux. Nous décollons sur la 36, juste derrière un Easy Jet. La tour nous demande de voler à 1 500 ft, mais nous demandons à rester à 1 200 ft, car quelques nuages bas traînent encore, jusqu’au point de report PARKS (un lac près de l’embouchure de la DAUGAVA). Nous survolons ensuite le port et ses différents terminaux, et n’avons plus qu’à nous laisser glisser vers le nord, en suivant le littoral. Au-delà de cette plage qui n’en finit pas, des forêts et des lacs à perte de vue.
Riga Control nous suit jusqu’au passage de la frontière, au point SOKVA (non indiqué sur la Jeppesen), et nous contactons peu après TALLIN INFO . Nous suivons le trait de cote jusqu’à PARNU (VOR PRN) et TALLIN n’est plus alors qu’à 50 NM. Le terrain est situé à l’est de la ville et le point d’entrée sur un immense lac qui est quasiment le seuil de la 08. Il est tout juste midi et nous décidons de faire une brève visite dans la « vieille » ville (reconstituée après la guerre), puis de repartir dans la soirée pour HELSINKI, ce qui nous permettra de rattraper la journée « perdue » à RIGA. TALLIN n’est pas très grand. Trois heures nous suffisent pour déjeuner à une terrasse (il fait très beau et chaud) et faire le tour des principaux édifices.
Retour au terrain vers 18 heures et nous nous envolons vers HELSINKI, capitale de la Finlande, distante de seulement 50 NM. Il nous faut traverser la mer baltique, et plus précisément le Golfe de Finlande, parsemé de phares et balises. Nous avons décidé d’éviter les terrains internationaux et nous dirigeons vers MALMI que nous avons maintenant en vue. Nous savons que la tour est fermée à cette heure là et clôturons notre plan de vol avec Helsinki Info. Nous nous posons en auto info sur la 36.

Pendant notre tour de piste, une voix féminine s’exprime en finlandais et ce n’est que lorsque nous nous trouverons en base que nous apercevrons un CESSNA en base, mais à l’opposé de nous. Nous comprendrons alors que c’était une « locale » qui faisait aussi son tour de piste, mais en sens inverse du circuit publié sur la carte… Nous la laissons poliment passer devant nous et refaisons un tour de piste, à sa santé. La tour de contrôle est fermée, mais les douaniers, eux, sont bien là. Ils sont très courtois et jettent un œil sur nos cartes d’identité. Nous voyons peut-être une centaine d’avions parqués sur le terrain, mais pas âme qui vive. Par chance nous tombons sur quelqu’un qui parle français (Richard, soit ici remercié pour ton accueil). Il nous guide dans l’aérogare, nous trouve un hôtel au centre ville, (l’Anna) avec lequel nous négocions le prix de la chambre (en fait, une suite) qui passe ainsi de 280 euros à 200, puis il nous appelle un taxi. Il commence à se faire tard et nous avons beaucoup de mal à trouver un restaurant qui reste ouvert jusqu’à 23 H.
On a eu beau se coucher tard, il faut se lever tôt. Sur pieds dès 8 H, nous voici partis pour une visite de la matinée qui se termine à midi par un tour de la ville en bateau, finalement le meilleur moyen de voir cette ville maritime. Au débarquement, nous sommes dans un grand marché où quelques « baraques » vendent des saucisses - frites. Repas idéal pour les gens pressés que nous sommes.
Nous retrouvons notre ami Richard à l’aérodrome. Il nous remplit notre plan de vol pour la capitale de la Suède et l’envoie par fax aux autorités. Pour la taxe, il nous la fera envoyer. En fait, nous ne la recevrons jamais. La météo est assez bonne ici et nous allons vers du CAVOK.
La tour nous autorise au décollage sur la 36 et nous survolons le sud de la ville, via le point de report NOKKA. Le cap est franchement à l’ouest et les territoires survolés des forêts, des forêts et des forêts, entrecoupées de nombreux lacs et de villages.

Puis les terres se font de plus en plus rares et deviennent des îles. Nous survolons KUMLINGE et MARIEHAMN, histoire d’avoir quelques terrains sous les pieds, au cas où… Helsinki Info nous a gentiment ignorés et ne parait pas désolé de nous quitter quand nous demandons à passer avec Tempéré Radar qui nous suivra jusqu’à la limite de FIR. Stockholm Info prend le relais, jusqu’à ce que nous soyons en vue du terrain de STOCKHOLM-BARKARBY, en auto-information. Nous faisons bien attention de ne pas nous tromper car le terrain de BROMMA n’est pas loin, et nous ne voudrions pas ré-éditer notre exploit de Berlin. La manche à air est de travers et bien horizontale. Nous sommes seuls dans le tour de piste et choisissons de nous poser sur la 24. Nous nous parquons dans l’herbe, face au club-house, où le patron du bar clôture par téléphone notre plan de vol. La jeune serveuse vient nous voir. Elle parle français et nous annonce que son mari vient nous chercher pour nous déposer à un hôtel. Trop gentil. Nous lui demandons un hôtel plutôt pas cher car nous nous attendons au pire, dans ces pays nordiques.
En effet, à 105 euros la chambre pour 3, l’hôtel Vanadis n’est pas cher. Notre nouvel ami nous y dépose et se propose de venir nous rechercher demain pour nous ramener à l’aéroport. Il est tellement content de trouver des gens à qui parler français !(il est en fait Tunisien). Mais on ne peut pas tout avoir : l’hôtel ressemble à un bateau, tout en plastique, avec un long couloir. Une porte cabine tous les 3 mètres de chaque coté de ce couloir laisse augurer de petites chambres ! Effectivement, la nôtre contient 3 lits, la place pour passer les jambes autour et c’est tout. Les toilettes et douches sont collectives, au bout du couloir. Le bus en face de l’hôtel nous amène directement au centre ville, encore fort animé en cette heure tardive. Restaurant italien assez classe et retour à l’hôtel à pied, histoire de digérer et de voir un peu mieux la ville.
Comme d’habitude, lever de bonne heure, déjeuner avec un distributeur automatique de boisson et pâtisseries sur un coin de table basse dans la réception (il n’y a même pas de salle à manger, dans cet hôtel, c’est dire s’il est minimaliste), et en route pour une visite de la ville, l’île du palais royal, suivi d’un tour en bateau (décidemment, nous y prenons goût).
Vers 15h, comme convenu, notre Tunisien est là et nous dépose à l’aéroport. Nous voulons lui offrir quelque chose, mais il refuse poliment. Nous ne voulons pas le vexer et n’insistons pas. C’est après son départ que les choses prennent un tour ahurissant. Le patron du bar, qui semble la seule « autorité » sur le terrain, (il vient d’envoyer notre plan de vol) nous reproche de n’avoir rien donné à notre tunisien (celui-ci lui aurait déjà téléphoné pour s’en plaindre), nous traite de tous les noms, y compris de racistes et d’esclavagistes (heureusement, nous ne comprenons pas tout, mais c’est très clair) et nous demande de décamper. Il fait mine de ne pas vouloir nous servir d’essence, si nous ne lui donnons pas 100 euros (excusez du peu) pour son ami. Nous commençons par refuser, mais la discussion s’envenime et nous préférons rompre la dispute et lui donner ses 100 euros. Moyennant quoi, il se calme et nous sert de l’essence. Il ne l’emportera pas au paradis car sitôt rentrés à Paris, nous écrirons aux autorités aéronautiques de Suède pour relater l’incident. Une suite sera donnée, mais nous ignorons l’aboutissement final… Espérons que les pilotes français qui nous suivront à Barkarby seront ainsi à l’abri d’un tel incident.
Tout ça ne nous a pas avancés et il commence à être urgent de décoller. De nouveau la 36 en auto-information. Le beau temps est de la partie et il nous faut aller tout au sud de la Suède, d’est en ouest. Nous avons choisi de prendre au plus court, via Nyköping, Norrköping, Linköping, (ne pas confondre) pour rejoindre la côte ouest à Angelholm.

Ce sont encore des régions de forêts et de lacs à perte de vue et nous sommes contents de retrouver la mer. Un court détroit à traverser et nous voici au Danemark. Copenhague-info nous fait contourner sans encombre la ville et nous arrivons en fin de soirée (il est près de 20h) sur le terrain de la capitale, Roskilde. A part la contrôleuse, tout est fermé (si l’on peut s’exprimer ainsi.. !). Nous trouvons néanmoins quelqu’un qui nous appelle un taxi pour nous faire déposer à la gare toute proche. Celle-ci recèle un parking à vélos, avec rangements superposés, qui doit bien contenir quelques milliers de bécanes !. Nous nous battons tant bien que mal avec la machine automatique qui distribue les billets et sans l’aide d’une brave dame, nous n’aurions jamais réussi à acheter un ticket. Finalement, un omnibus de banlieue nous emmène au centre ville et nous nous jetons sur le premier hôtel- le Comfort Gare, qui comme son nom l’indique, est très confortable et se trouve face à la gare.
Nous passons la matinée à visiter la ville. Comme nous sommes pressés et qu’il fait très beau, nous optons pour le city-tour, en bus à impériale découvert. Bien entendu, nous n’échappons pas à la Petite Sirène, mais il y a beaucoup d’autres choses à voir, à Copenhague. La relève de la garde royale, par exemple, vaut (presque) celle de Buckingham. Puis nous traînons un peu le long des quais, sur lesquels on compte plus de restaurants que de bateaux.
Il est 15 heures et temps de reprendre notre train pour retourner à l’aérodrome. Le bureau de piste est très efficace, surtout pour nous faire payer la taxe avec le sourire. Nous repartons par le VOR KOR, qui nous amène à passer tout près du pont probablement le plus long du monde (10 NM sur la mer). Vraiment impressionnant. Puis c’est le VOR ALS et le terrain de FLENSBURG, pour éviter la zone militaire qui se trouve juste au sud. Nous rejoignons la mer du Nord et c’est le survol du chapelet des Iles de la Frise (nous sommes dans la FIR de Bremen), qui semble être le cheminement que la nature a implanté là pour aider les avions de tourisme. Il n’y a qu’à se laisser glisser et c’est TEXEL qui se présente à nous. Enfin une piste en herbe ! Comme souvent à Texel, il faut faire attention aux parachutistes qui n’arrêtent pas de sauter sur le terrain. Mais les contrôleurs veillent et tout se passe dans la bonne humeur.
Sitôt posés, le plein est fait (libre service) et les contrôleurs, qui aiment bien parler français, nous trouvent un hôtel tout ce qu’il y a de familial. Nous sommes invités à nous servir de vélos, disposés aussi en libre service, pour nous rendre à cet hôtel, distant de 4 km. Nous trouvons en ville un restaurant d’un type un peu particulier, mi-poissonnerie, mi-restaurant, où de nombreux plats à base de poisson, tous aussi excellents les uns que les autres, sont proposés.
Tout a une fin et nous voici déjà à la dernière étape de notre voyage. Nous repartons par le « corridor est », les VOR PAM, puis WDT, NIK, CIV. C’est fou ce que la Hollande et la Belgique paraissent peuplées et industrielles. Contrairement aux grands espaces que nous avons généralement survolés, il semble qu’ici chaque mètre carré est soit habité, soit occupé par une usine. Nous devons abandonner la voix féminine de Bruxelles-info pour retrouver rapidement la France. Et là, incroyable, réapparaît la caricature de notre contrôle aéronautique à la française : alors que nous venons de parcourir l’Europe, ayant fait quelques erreurs gentiment corrigées par les contrôleurs, il n’y a pas un quart d’heure que nous sommes en France que nous nous faisons engueuler par Cambrais qui nous reproche vertement de ne pas les avoir appelés plus tôt, alors que nous étions en contact avec Lille-info. Encore une chance que de valeureux pilotes de Rafale ne soient pas courageusement intervenus pour sauver la France, à 30 000 euros l’heure de vol…
Nous voici posés à ST CYR, exactement au jour dit, et rien que ça, après un tel périple, c’est déjà notre fierté.
Un voyage de 10 jours de navigations intenses, c’est toujours formateur. Point n’est besoin d’avoir une longue expérience pour s’y lancer. La documentation est essentielle, mais il n’est pas toujours nécessaire de préparer longtemps à l’avance chaque navigation comme on le fait pour passer l’examen du PPL, car elles ne se déroulent souvent pas comme on les avait préparées et il faut être flexible.
Le vol en équipage est extrêmement confortable et sécurisant car il aide à la flexibilité, en se répartissant les tâches. Il demande juste un minimum de conventions (par exemple, le copilote annonce systématiquement au pilote ce qu’il fait, quand il touche à un élément de la planche de bord)
Par chance, cette année 2006 fut celle de la publication de la 1ere édition des cartes VFR-GPS JEPPESEN pour les trois pays Baltes. Nous en avons trouvé les cartes d’atterrissage sur Internet.
Au final, cette virée a représenté une trentaine d’heures de vol, soit une dizaine par pilote.
Seuls la Pologne, les trois pays baltes et le Danemark ne sont pas encore dans la zone euro, d’où quelques complications pour gérer leurs différentes monnaies au cours de nos passages, parfois très brefs. Pour les autres pays, grâce à l’euro, on se sent presque comme chez soi.
Et il n’est pas impossible que notre prochain voyage ne s’effectue que dans la zone euro…
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