Imaginez : un ponton de bois sur l’eau, un lac entouré par une forêt de pins. Le soleil matinal commence juste à chasser la fraîcheur de la nuit et donne une belle lumière. Tout est calme, pas une habitation en vue. On se croirait presque dans le nord canadien, d’autant plus qu’un petit hydravion est amarré au ponton… Voilà, pour vous donner une petite idée, ce que nous avions goûté avec quelques alcyoniens il y a deux ans. Pas étonnant donc d’avoir envie d’y retourner et de participer au voyage organisé de nouveau par Laurent.
Cette fois, un seul avion pour aller à Biscarrosse, le KG, avec Corinne et Harry comme coéquipiers. Petit équipage, donc, mais pas des plus légers, une fois le narrateur pesé ! Heureusement, les étapes du voyage étaient relativement courtes, et la gestion du carburant fut finalement assez simple tout au long des quatre jours de notre aventure.
Jeudi matin, c’est à Harry que revient l’honneur de la première branche. Un rolling take-off, les 100 km/h sont atteints en un rien de temps. La masse au maximum ne semble pas perturber les performances du DR48, et comme les pistes suivantes seront en dur, ce qui semblait le plus difficile est fait ! Après tout, les quelques chevaux supplémentaires procurés par le silencieux n’y sont peut-être pas pour rien…
Sortie par l’ouest, bonne visibilité. On passe EPR, puis on frôle Chartres. La toiture verte de la cathédrale se détache nettement dans la lumière du matin. On approche déjà de Châteaudun que le contrôle de Bricy nous fait éviter par l’ouest. Un trajet sans histoire ou presque, il faut bientôt contacter Tour Val de Loire (prononcez « Tourtour »). On va arriver par November-Echo puis poursuivre sur Echo ; le château d’eau de Château-Renault est moins laid vu d’en haut que du sol. Tours nous informe que la 02 est en service et que des Alpha jets sont dans le circuit. Nous avons dans l’idée de passer verticale la sortie du tunnel du TGV et de nous intégrer en base en longeant la Loire, comme le suggère la carte VAC, mais « Tourtour » trouve que notre vent arrière était un peu trop éloignée et nous demande d’en faire une plus rapprochée tout en débutant par des ronds dans l’air pour laisser les Alpha jets se poser tranquillement. Finalement, le boulevard est libéré et Harry peut rejoindre la terre ferme.
On fait un petit avitaillement d’une quarantaine de litres tout en assistant au décollage de quelques Alpha jets. C’est au tour de Corinne de prendre les commandes : destination Angoulême. Elle a choisi de passer à l’est de la TMA de Poitiers et de longer la vallée de la Vienne. C’est amusant pour moi de survoler cette région que je connais bien. Je piste les endroits familiers : Montmorillon, que l’on aperçoit sur la gauche, puis l’Isle-Jourdain, Confolens… Puis on laisse la Vienne pour filer plus à l’ouest en suivant une voie ferrée plutôt tortillarde, et l’agglomération d’Angoulême apparaît déjà. Ces branches sont vraiment courtes !
Nouvel avitaillement réduit pour l’avion, et pour l’équipage également. Laurent nous a suggéré d’arriver au plus tôt à destination et nous motive en nous promettant un super dîner chez l’Oncle Sam, le tex-mex de Biscarrosse City, resté depuis deux ans dans la mémoire des redoublants. Malgré une aérogare un peu fantôme, l’accueil à Angoulême est cordial ; le bar ouvre quasiment pour nous !
La dernière branche me revient. De façon un peu scolaire sans doute, j’essaye de soigner mon chronométrage. Les points tournants s’enchaînent à peu près comme prévus sur mon log de nav : Chalais, Libourne, le VOR de Sauveterre, puis une ligne à haute tension. Ce n’est paraît-il pas le plus fiable des repères, il n’empêche qu’une trouée dans la forêt des Landes, cela ne passe pas inaperçu. Et le lac de Biscarrosse apparaît bien là bas, à l’ouest, où la carte daigne l’indiquer… Vanité du pilote qui n’a plus qu’à viser entre les agglomérations de Parentis et Biscarrosse pour trouver l’aérodrome. Une chance, Cazaux est inactif pour causes de vacances, cela simplifie encore plus les choses.
On parque le Robin derrière deux ou trois rangées de TB10 du SEFA. Laurent téléphone à Jean, le président de l’aéroclub HBBP qui vient nous chercher en voiture. L’initiation à l’hydravion n’est prévue que pour le lendemain, mais nous ne demandons pas mieux que d’aller voir la bête de suite. Jean nous emmène donc d’abord à l’hydrobase. C’est un peu au milieu de nulle part : une petite route dans les bois qui laissent deviner le lac de Biscarrosse sur la gauche. On s’arrête devant l’entrée d’un chemin sablonneux qui mène au ponton de bois évoqué au début de ce récit… Le petit Cessna est là, et Raymond qui sera demain notre instructeur est occupé avec deux autres personnes à pomper l’eau qui s’est sournoisement infiltrée dans ses flotteurs. L’installation n’a rien à voir avec un aérodrome ! Pas de hangar, pas de pompe à carburant, pas de manche à air. Juste un coffre en bois cachant un jerrycan d’essence, des roseaux, des pins jusqu’au bord de l’eau… et le calme du lac. A la place de l’hydravion tenu par ses amarres, ce pourrait être une barque nous invitant à prendre nos cannes à pêche pour aller taquiner le goujon.
Comme avec tous les pilotes, ça bavarde, ça papote, et nous abordons bien évidemment le sujet crucial du dîner. Ce sera bien chez l’Oncle Sam ; Jean et sa compagne Dorothée se joindront à nous, ainsi que Raymond. Jean nous propose aussi d’inviter Laurent Venet, pilote de Mirage 2000 fraîchement retraité qui vient de s’établir à Biscarrosse pour y monter une école d’ULM terrestres et hydro.
Jean nous dépose à l’hôtel St-Hubert que Laurent et moi retrouvons avec plaisir. Nous allons à pieds au restaurant où nous nous retrouvons autour d’une table qui va vite s’animer, dans un décor « pure country » qui vaut à lui seul le détour ! Laurent Venet, venu avec son épouse, nous raconte de façon très vivante quelques unes des expériences de sa vie militaire. Je crois ne pas être le seul à n’en pas perdre une miette ! Son rôle d’Agressor sur Mirage 2000 durant un exercice (de l’OTAN ?) en Alaska, ses Tiger meets… Tout ceci en restant modeste et simple. Il nous parle aussi avec enthousiasme de son projet « le vol des aigles » qui consiste, en plus de son école ULM, à faire des baptêmes de l’air sur des répliques de Morane Saulnier et de Fokker monoplans de la guerre de 14-18. Une idée pour un futur voyage… N’est-ce pas Laurent ? Un autre sujet brûlant de conversation est la venue d’une personnalité politique en vue qui compte faire le lendemain un baptême en hydravion !
Vendredi, il va falloir se lever assez tôt pour effectuer nos trois initiations avant l’arrivée de ladite personnalité… A la fraîche, nous nous retrouvons-donc sur le ponton. Chacun de nous va effectuer 5 décollages-amerrissages.

Le décollage n’a rien à voir avec celui d’un avion à roues. La bonne nouvelle est qu’il est à priori facile de le faire face au vent puisqu’un plan d’eau n’a en général pas de QFU ! Il suffisait là de repérer sommairement d’où cela soufflait, puis de mettre le nez de l’avion perpendiculaire aux vagues. Une autre solution aurait été d’observer les cormorans qui ont le bon goût de toujours décoller ou atterrir face au vent, mais le cormoran se faisait rare ce matin là ! La moins bonne nouvelle, c’est qu’on ne peut pas vraiment prévoir quelle sera la distance de décollage… Cela dépend entre autres du poids de l’équipage. Or le Continental ne développe que 100 petits chevaux et Raymond et moi-même ne sommes pas vraiment des gringalets ! Qu’importe : on s’écarte doucement au ralenti du ponton en utilisant les gouvernails de flotteurs qu’on relève une fois assez éloignés. Toutes les manœuvres sur l’eau sont faites volant au ventre pour maintenir le nez un peu en l’air et éviter ainsi que de l’eau ne rentre dans le moteur. Une fois l’axe de décollage choisi, toujours volant au ventre, on pousse les gaz à fond avec 10° de volets, et l’on attend de voir la naissance du sillage des flotteurs atteindre le niveau du redan. A cet instant, l’hydravion est en hydroplanning et il faut au contraire pousser le volant pour maintenir l’assiette de planning, jusqu’à ce que la vitesse de rotation (environ 50 MPH) soit atteinte et que l’on puisse le tirer. Mais doucement, il ne faudrait pas que l’arrière des flotteurs touche l’eau ! Bon, les petites vaguelettes aidant, ceux-ci se détachent de l’eau. Ouf : pas d’effet miroir ! On laisse la bête monter tranquillement jusqu’à environ 500 pieds. Assiette, puissance ramenée à 2000 tours, et l’on tourne à gauche pour amorcer une vent arrière au dessus de l’eau. Quelle sensation de liberté ! On peut choisir sa trajectoire sans se soucier d’une quelconque piste. On tourne en étape de base, gaz réduits à 1700 tours, et l’avion descend tout seul. On est proche du bord de l’eau, et les arbres font un excellent repère visuel pour sentir à quel moment arrondir. Là encore, un arrondi tout doux ! Si l’on s’y prend bien, la surface de l’eau étant calme, on ne sent pas le contact, mais simplement une forte décélération. Vite, on remet les gaz pour rester en planning, et rebelote… Le touch n’go se fait ainsi, avec 10° de volets. Pour un « complet ponton », on va jusqu’à 20°. Voila : cinq tours, un petit passage basse altitude pour épater la galerie, et c’est déjà fini, hélas ! Une fois au ralenti, on abaisse de nouveau les gouvernails de flotteurs, et Raymond achève la manœuvre pour venir mourir le long du ponton. La séance d’il y a deux ans m’était un peu restée en mémoire, et je crois avoir bien mieux profité, senti plus finement les choses cette fois-ci.
J’étais le dernier des trois alcyoniens à passer. Bon, mais nous ne quittons pas le ponton, curieux que nous sommes de voir arriver la personnalité politique annoncée ! Je me permets d’ouvrir ici une petite parenthèse : comme vous le savez, le règlement intérieur de l’aéroclub nous interdit d’exprimer toute opinion politique. Ne voulant pas passer pour un zélateur ou au contraire pour un vilain dénigreur, je m’en tiendrai sagement au terme « personnalité ».
Mais patientons encore un peu… Un pilote, venu de Rouen avec sa petite famille, a le temps de s’initier lui aussi à l’hydravion. Puis soudain, le ponton est envahi d’une tribu un peu hétéroclite, composée d’enfants, de jeunes et de moins jeunes qui ont l’air d’être venus là pour se tremper les pieds dans l’eau.
La personnalité attendue, visiblement en vacances, fait partie de ce groupe et s’en distingue à peine… Tout cela fait penser à l’inévitable aréopage dont ne peut se débarrasser une quelconque célébrité, même pendant ses congés ! Je passe sur les détails… Notre personnalité grimpe enfin à bord de l’hydravion, s’installe en place gauche, comme nous l’avons tous fait avant elle, c’est-à-dire côté lac. La portière, laissée entrouverte par le « stagiaire » précédent ne peut arrêter le téléphone portable que notre personnalité laisse échapper et qui tombe à l’eau. Un sauvetage s’impose ! Comme c’est peu profond et heureusement peu vaseux à cet endroit, notre personnalité décide de descendre elle-même de l’hydravion et de récupérer ce qui est sans nul doute son précieux, son indispensable répertoire et agenda électronique ! L’eau lui vient jusqu’à la ceinture, voire plus haut, mais mission accomplie, l’appareil est récupéré et confié à un terrien du ponton. Puis, ni une ni deux, bien que mouillée, notre personnalité décide de remonter dans l’hydravion par le flotteur gauche. Las, ses sandalettes sont devenues bien glissantes, et plouf ! Notre personnalité chute dans l’eau ! Emoi dans l’assistance ! Mais faisant bonne figure, notre personnalité remonte dans le Cessna, cette fois-ci complètement trempée, et son baptême de l’air aura finalement bien eu lieu, arrosé comme il se doit…
Quelques épisodes plus tard et un confit de canard difficilement consommé et tout aussi difficilement digéré (au moins moralement) par Laurent, il est temps de quitter Biscarrosse après que Jean nous ait fait visiter les installations de son association. Oh, un simple saut de puce jusqu’à Arcachon, effectué par Corinne. On s’intègre par la dune du Pilat, envahie de parapentistes…
Monique Dubois qui nous a offert très gentiment l’hospitalité pour nos deux nuits à Arcachon est venue nous chercher et nous conduit chez elle. Une sympathique maison dans un joli jardin où prospère entre autres un beau laurier rose. Le mari de Monique nous accueille très cordialement, et nous sommes invités à prendre l’apéritif dans le jardin. Nous pouvons partager nos impressions sur le pilotage d’hydravion avec Monique qui avait participé à l’initiation d’il y deux ans. Après avoir récupéré Harry qui fait hôtel à part, nous allons tous dîner en ville dans un restaurant situé sur l’avenue du bord de mer.

Il faudra se lever de nouveau pas trop tard pour effectuer encore un saut de puce qui nous conduira à Andernos, de l’autre côté du bassin d’Arcachon, où nous attend LE Stearman d’Antoine Chabbert. Harry prend les commandes du KG, avec seulement Laurent et votre serviteur comme passagers. Monique et Corinne nous rejoindront un peu plus tard à bord d’un autre DR400 qu’un instructeur de l’aéroclub de Monique ramènera à Arcachon. Rapide, le vol au dessus du bassin, en ce début de matinée et alors que la marée est haute, nous permet néanmoins d’admirer un panorama unique. Ah ! Le banc d’Arguin dans le soleil du matin…
La piste d’Andernos est en herbe, ou plutôt en herbe et en sable. Cela fait un peu de poussière !
Le Stearman Kaydet nous attend, déjà sorti de son hangar. Il ne passe pas inaperçu : ailes jaunes et fuselage bleu. A partir de maintenant, il est difficile de ne pas user de superlatifs. Toute cette matinée va être un véritable enchantement, et j’ai un peu peur d’user de poncifs ou de lasser le lecteur par trop d’enthousiasme béat… Et pourtant ! Comment d’abord ne pas insister sur la gentillesse des personnes qui nous accueillent ? Antoine, sa femme, et Bernard en personne ; tout de suite amicaux, ravis de vous faire partager leur passion. Comment ensuite ne pas s’extasier devant ce PT17 qui a du voir passer tant de pilotes en instruction depuis sa sortie en 1940 des usines Boeing ?
Son moteur est magnifique : les 7 gros cylindres noirs en étoile me fascinent ; impeccables, pas une trace d’huile. Je fais lentement le tour de l’avion, je le palpe, le touche avec respect comme on touche tout bel objet qui est passé dans des générations de mains. Je prends quelques photos, mais je préfère le regarder, tout simplement, me rincer les deux yeux… Stooooop ! Assez de lyrisme, allez vous dire. Bon, mais je m’y prends comment alors, pour vous raconter tout cela ? Demandez à Harry qui n’avait au début pas l’intention de faire du Stearman. Il vous dira qu’il aurait vraiment manqué quelque chose d’unique s’il n’avait cédé à notre insistance pour qu’il se joigne à nous.
Pour commencer, il faut se mettre dans la peau de l’élève pilote de l’US Navy ou de l’US Army Air Corps d’avant Pearl Harbor. Le blouson, l’écharpe blanche et le casque en cuir à écouteurs sont de rigueur. On monte ensuite sur l’aile inférieure, puis l’on agrippe deux poignées, noyées dans le bord de fuite de l’aile supérieure, à l’aplomb du cockpit avant dans lequel on se glisse. Un simple pare-brise devant soi, un bourrelet de cuir de chaque côté. Bien qu’étroit, le cockpit est étonnement confortable et ergonomique. La planche de bord offre les instruments indispensables, pas de risque de s’y perdre. Un variomètre, un badin, un indicateur de virage, un compte-tours, un altimètre, et un cadran combinant une jauge de pression d’huile, une autre pour la pression d’essence, ainsi qu’un indicateur de température d’huile. C’est tout, et c’est très bien ! La jauge à essence ? C’est un tube transparent qui pend de l’aile supérieure où se trouve le réservoir, un peu loin du centre de gravité de l’avion…
Pendant qu’on détaille ainsi le petit domaine de la place avant, on se fait aider pour se brêler 4 points correctement. Pendant ce temps, la belle hélice en bois est brassée pour faire monter l’huile, contact coupé, bien sûr ! Puis, juché sur la roue gauche du train principal, Antoine tourne longuement la manivelle d’un volant d’inertie. C’est du sport ! On l’encourage mentalement… Antoine saute de la roue, la manivelle à la main, pendant que le volant démarreur restitue son énergie. Bernard qui est installé en place arrière met le contact, et ça démarre ! Dois-je vous parler du bruit du moteur ? Il est beau, grave, bien régulier, et donne une impression de puissance. Cela vous va ?
Bernard redescendu sur la terre ferme, Antoine prend place derrière et commence à me briefer simplement. Lui ne peut m’entendre, pour cause de micro défaillant. Je lui répondrai donc par signes durant la séance. En fait de signes, ce sera presque toujours le même : pouce levé pour dire que tout va bien, merveilleusement bien…
Voilà, on roule vers le point d’arrêt. Essais moteur, check-list, on s’aligne, on décolle. L’avion montre un peu de roulis à cause du carburant haut placé. On monte encore un peu, puis Antoine me laisse les commandes. Le manche est dur, mais très précis. On s’y fait vite, c’est en fin de compte très agréable de sentir la machine répondre si directement et malgré cela sans brutalité. Pas besoin non plus de donner beaucoup de palonnier dans les virages, la bille part tout de suite ! Quelle sensation d’avoir ainsi la tête à l’air, ces haubans autour de soi et ces 3 grosses têtes de cylindre qui dépassent devant. Je n’ai pas bien eu le temps de trouver les bons repères d’assiette, mais quelle griserie de voir justement les caches-culbuteurs défiler sur l’horizon pendant un virage à forte inclinaison ! J’en fais ainsi plusieurs, puis Antoine reprend un moment les commandes pour effectuer quelques belles oreilles au dessus de la forêt. Quelle maniabilité ! Je suis surpris de constater que les effets tels que l’effet gyroscopique ne sont pas plus marqués que sur un Robin. Moi qui croyais que les avions anciens pouvaient dérouter le pilotaillon du 21è siècle ! Ce n’est pas le cas avec le Kaydet.
On a le temps d’aller survoler un peu l’océan, puis il faut rentrer… Voler au dessus du bassin d’Arcachon, c’est déjà très chouette, mais le faire en Stearman, c’est… Allez, j’arrête !
Antoine reprend les commandes pour l’atterrissage (pas de volets à descendre !), et nous voilà déjà de retour devant le hangar, entourés de paparazzi qui vous mitraillent sans vergogne. Je suis passé en premier. Vient le tour de Corinne, puis celui de Monique et enfin celui de Harry.
Et Laurent ? Lui a déjà fait du Stearman… Serait-il blasé ? Non, mais Bernard Chabbert lui a dévoilé son beau Piper J2 couleur chocolat qui n’attendait que deux occupants pour aller se dégourdir les ailes ! Il n’a pas résisté et s’est plutôt offert une balade avec Bernard, pendant que nous tournions avec Antoine.
La matinée se termine par une remise de diplômes fort sympathique. J’insiste encore, le bonheur de ce baptême et de ce moment aéronautique n’aurait pas été aussi parfait sans l’accueil que nous ont réservé Antoine et les siens, dont le dernier geste amical est de nous conduire en voiture à un restaurant proche de l’aérodrome. Antoine doit ensuite rentrer sur Paris, ayant dans la soirée un 777 à mener à Washington. Amusant de penser qu’il va passer dans la même journée d’un Boeing biplan à un Boeing biréacteur…
Après le déjeuner, nous revenons à pieds à l’aérodrome. Je reste à Andernos tandis que mes 4 co-aventuriers repartent sur Arcachon, pilotés par Monique. Laurent et Corinne viendront me rechercher, ce qui me laisse le temps de préparer ma branche du lendemain et de m’assurer auprès de Jacqueline que nous aurons bien du carburant à Saumur.
Seconde soirée à Arcachon où nous prenons le temps de flâner, puis où Monique et son mari nous font découvrir la Cabane de l’Aiguillon. C’est un petit restaurant familial tenu par un ostréiculteur du bassin, qui offre à l’amateur la possibilité de consommer des huîtres tout juste récoltées. L’endroit est vraiment très agréable et convivial, sous une tonnelle de vigne. Pas de meilleur endroit pour conclure une journée aussi parfaite, en dégustant des huîtres fraiches arrosées d’un Tariquet blanc et accompagnées de pâté !
Nous nous accordons une petite grasse matinée dominicale qu’Harry interrompra en nous apportant des cannelés encore tièdes… Puis, sans trop nous presser, nous retournons à l’aérodrome, conduits par Monique.
Corinne effectue la première branche du retour, destination La Rochelle. Nous longeons d’abord la côte, longue plage rectiligne et un peu monotone. Aussi préférons-nous rentrer un peu dans les terres et survoler l’étang de Lacanau puis le lac d’Hourtin. Nous revenons ensuite vers la côte pour longer la pointe de Grave, traverser la Gironde et filer vers l’île d’Oléron. L’’île de Ré se profile à l’horizon, mais La Rochelle tour (et non pas La Rochelle chelle) nous offre un moment de suspens en nous indiquant que la clairance pour atterrir ne nous sera peut-être pas accordée, pour cause prétendue de trafic dense. On gamberge vite quelques idées de plan B, mais La Rochelle finit par nous accepter. On s’intègre gentiment en 27 ; nous n’aurons pas vu grand-chose du trafic dense…
Taxi pour le centre ville. Après quelques hésitations concernant les restaurants, nous nous décidons opportunément à déjeuner au Comptoir des Voyages, situé dans une rue piétonne menant au vieux port. Encore un excellent moment de détente que nous ferons suivre par une balade nonchalante sur le port. Rien ne presse, c’est les vacances, et la météo est le moindre de nos soucis !
C’est mon à tour de piloter pour la branche à destination de Saumur. Je décide de piloter en place droite afin de me familiariser avec des repères différents. Petite mésaventure après la mise en route : la verrière entrouverte laissant entrer le vent d’hélice, la check-list m’échappe des mains et s’envole derrière l’avion. On arrête tout et je descends récupérer la fourbe liasse de feuilles agrafées (grrr…) .
On décolle en 27, « face à la mer », puis demi-tour pour sortir par Echo. On passe entre Fontenay le Comte et Niort, tout droit vers Parthenay où je bifurque plus au nord vers Thouars que l’on évite par l’est. Je me retrouve de nouveau dans mon Poitou si familier, ravi de reconnaître le château d’Oiron tout près duquel nous passons. L’arrivée sur Saumur se fait sans trainer, un avion annonçant qu’il va bientôt larguer ses parachutistes. Tant pis pour le petit détour que je comptais effectuer afin de faire admirer le château à mes co-équipiers. Un contact radio avec l’avion aux parachutistes nous permet de nous intégrer directement en vent arrière 28. L’atterrissage en place droite ne me paraît pas plus compliqué qu’en place gauche.
Jacqueline nous attendait, fidèle au poste ! Nous lui achetons les 40 litres de carburant convenus, puis Harry reprend les commandes pour nous ramener à St-Cyr. Presque plein nord, direction Château du Loir, on essaye d’abord de monter en niveau de vol, mais malgré le beau temps et la très bonne visibilité, quelques nuages nous bloquent et l’on décide de faire l’inverse, c’est-à-dire de voler bas, à la mode J3. On passe ainsi à l’ouest de Chartres, au dessus des champs moissonnés. Nous croisons une belle montgolfière rouge à proximité d’EPR, et on rentre comme des écoliers au bercail. Il est presque 20h, il fait encore grand jour…
Ces quatre journées sont passées très vite, nous laissant pourtant l’impression que nous sommes partis depuis bien plus longtemps. Il faut dire que la fabrique à souvenir à fonctionné à plein régime !
Il nous faut maintenant remercier une dernière fois toutes celles et ceux qui nous ont accueillis et qui ont tout fait pour que ce voyage reste gravé dans nos têtes.
André

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