Rebeyrotte, destination mythique qui n’apparait pas sur les cartes mais dont tout le monde parle aux Alcyons… Après 2 années de patience, faute de disponibilité de l’hôtel ou de la MTO, nous sommes fin prêts pour voler vers le St Graal ce samedi 2 octobre 2010.

L’équipage est au complet : Solange, Sylviane et Kathlynn côté charme, Patrick, Dominique, Frédéric et Sébastien côté muscles, sans oublier Laurent et notre chef Jean Charles côté check-lists. Nous avions également un invité surprise, un navigateur dans l’âme n’ayant pas peur de prendre l’air.
Après plusieurs heures de préparation, nous étions donc fin prêts le vendredi 1er octobre pour nous retrouver à 8h du matin le lendemain aux Alcyons. Rebeyrotte se mérite ! Nous nous retrouvons finalement à 9h, ou plus tôt pour ceux n’ayant pas le réflexe de vérifier leurs emails à 23h le vendredi soir, la MTO étant "confirmée comme incertaine" (un oxymore diront certains, l’enthousiasme inébranlable des pilotes diront d’autres…).
Nuages bien bas au nord de la Loire, donc aux Alcyons, vent du sud, donc plein travers, et prévisions peu réjouissantes. Rebeyrotte se rendra-t-elle une nouvelle fois inaccessible (alors pourquoi ce récit ???). Se motivant à tour de rôle, autour d’un Laurent plus que rassurant, plus que les cartes MTO en tout cas, le groupe reste soudé jusqu’à midi lorsque la décision est enfin prise par notre vénéré chef de lancer l’expédition.
Les pleins ont été faits, les ceintures sont attachées et XG a démarré. Nous nous alignons piste 29 et décollons, pas vraiment perturbés par un trafic quasi inexistant sur St Cyr…
Première branche, Bourges, sans encombre à part un petit rappel à l’ordre par la tour d’Etampes pour un problème de radio. L’avantage de voler en groupe permet de gérer cet incident en toute sérénité, et d’ouvrir la liste des pots à payer pour se faire « pardonner »…
Bourges, longue piste en dur, déserte. On s’aligne pour avitailler et se ravitailler. On est bien seuls et attendons, parfois à l’abri, le préposé aux pompes qui arrive de chez lui, à environ 5km de l’aérodrome.
La MTO s’est un peu améliorée depuis St Cyr, mais ce n’est pas encore le ciel bleu lorsque nous nous mettons en route pour la deuxième branche : USSEL.
Ussel se trouve à l’ouest de Clermont et du Puy de Dômes par lequel certains équipages se sont aventurés sans forcément être bien accueillis par la tour de Clermont. Il faut dire que nous ne volons pas très haut, à environ 2000 pieds sol, et que le relief ne doit pas faciliter les communications radio. Disons cela en effet.
Ussel est une longue piste en dur avec un tour de piste main droite. Il n’est pas inutile de l’écrire car, même en l’ayant précisé à son cher instructeur en approche, cela n’a pas empêché un de nos pilotes, attentif, de s’engager piste main gauche avant d’être rappelé à l’ordre par le sol en auto-information. La liste des pots s’allonge et commence à ressembler à un log de nav.
Au sol à Ussel, Sylviane retrouve des connaissances et anecdotes qui les accompagnent. Deux douzaines de personnes en terrasse près du bar, mais pas un avion dans le ciel, pourtant devenu bleu. Un réel dépaysement pour nous autres St Cyriens…
Il est 17h et temps de se mettre en route pour la 3e branche et notre destination finale, Rebeyrotte. Les pilotes les plus expérimentés prennent alors le manche, ce terrain privé demandant en effet un minimum de 200h de vol pour s’y poser.

Comme pour le voyage sur Sarlat l’année précédente, le survol de la Dordogne est une merveille, même pour nos amis marins. Les gorges de la Dordogne, creusées entre des massifs boisés espacés par d’improbables châteaux et villages ocres comme les roches qui les entourent, nous remplissent les yeux et la mémoire.
A droite après Lalinde, plein nord et on doit tomber sur la piste de Rebeyrotte. Le premier avion part loin au nord, officiellement à la recherche d’un tour de piste bien anticipé, le second avion repère la piste au premier coup d’œil, pas mal pour un équipage de néophytes sur le site, le troisième avion est le premier à s'annoncer en tour de piste pour un passage de reconnaissance.
La piste, en herbe, est courte, 800m, en pente et longée de part et d’autre d’arbres lui donnant un aspect relativement étroit. Mais on a faim et il va bien falloir s’y poser… Les 3 avions passent en rase motte à tour de rôle pour reconnaitre la piste. Les roues sont parfois à quelques centimètres du sol, voir de plus près la piste nécessiterait de descendre de l’avion.
Les atterrissages se passent sans le moindre problème, le vent est calme, la piste dure et les pilotes aguerris. Les avions sont parqués près de l’enclos aux oies qui croisent nos regards affamés. Le propriétaire des lieux nous attend en bord de piste et commente immédiatement nos atterrissages et la MTO du lendemain dans un langage proche d’un exposé du samedi matin aux Alcyons. La piste en herbe n’est apparemment pas à simple usage « touristique ».
Il en résulte que du vent est attendu pour le dimanche, un vent du sud qui nous ferait décoller en vent arrière. Nous sommes immédiatement rassurés par la possibilité de rejoindre Bergerac en voiture si, au besoin, nous devions alléger les avions pour redécoller. Sur ces bonnes paroles, nous sommes invités à découvrir nos chambres, non sans une petite halte par le « laboratoire » où les canards se transforment en foies gras, magrets et autres confits pour notre plus grand « intérêt ». Chaque voyage doit bien avoir un but…
Les chambres sont dans une bâtisse rénovée, ancien séchoir à tabac ! Selon les affinités, l’équipage se répartit entre chambres individuelles ou en duo. La proximité de l’avion se poursuit au sol.
Il est 7h et le rendez vous est fixé à 8h pour aller diner. Juste le temps d’aller piquer une tête dans la piscine en contrebas des chambres. Solange et Jean Charles ne se posent pas de question, suivis rapidement par la moitié du groupe, mais que la moitié… En cette fin de journée, l’air est encore chaud, mais l’eau l’est beaucoup moins et les pronostics fusent sur sa températures (à partir de combien a-t-on les lèvres bleues ??). Les plus courageux, et courageuses, font même quelques longueurs et tous posent pour la photo. En groupe on a plus chaud !
Nous voici donc attablés, tels des Messires Godefroy et Dames Cunégonde, prêts à ripailler. Que l’on amène les poulardes ! Notre charmante serveuse se nomme Frédérique et se nourrit visiblement au confit de canard depuis son plus jeune âge. Elle va et vient entre notre tablé et la table de touristes, apparemment hollandais, ou allemands, on ne le saura jamais.
Après un petit vin de noix accompagné de rillettes de canard, rien de tel qu’une petite souplette pour se mettre en appétit, surtout que celle là regorge d’ail et de graisse de canard, avec un peu de pain pour absorber (les films « cultes » français reviennent naturellement à l’esprit de tout le monde, « et puis surtout bonne chance ! »). Le bergerac coule à flots, çà aide.
A peine avons-nous fini les deux soupières, on va pas gâcher, que Frédérique revient avec le ou plutôt les foies gras de canard, avec un verre de moelleux. Plus cuits, moins cuits, les avis sont partagés mais tout le monde se régale. Et le bergerac continue de couler à flots, surtout en bout de table…
Cette mise en bouche nous a en effet ouvert l’appétit, il est temps de passer aux choses sérieuses : magrets et confits de canard avec des pommes de terre sarladaises, cuites dans la graisse de canard (oui, il faut aimer le canard pour descendre à Rebeyrotte !). Et le bergerac, notre ami !
Difficile de finir toutes les pommes de terre, ce qui semble « contrarier » Frédérique qui tarde à vouloir nous desservir (« il faut tout finir.. »). Finalement une pause nous est accordée avec un peu de salade, avant le fromage, avec une goutte de bergerac.
Les plus courageux osent demander le dessert, une tarte aux noix (si c’est léger !) et une tarte aux poires, merveilleuse nous disent ceux à qui il reste encore quelques papilles actives. Une petite liqueur pour faire passer le dernier verre de bergerac et nous pouvons ramper vers nos chambres. En sortant, nous indiquons vouloir déjeuner sur place demain midi avant de repartir, mais « léger ». Pas de problème nous répond Frédérique, « on vous prépare quelques aiguillettes de canard et un flan au chocolat ! »
Il nous faut définitivement de l’oxygène et bruler quelques (centaines) de calories. Une visite nocturne au village voisin nous motive tous, sauf un couple de jeunes tourtereaux qui préfère aller se coucher (pour bruler des calories ?). Nous voilà donc en file indienne sur un petit chemin forestier avec pour toute lumière les étoiles et nos téléphones portables. Nous avançons attentifs aux bruits de la forêt la nuit et aux histoires de Jean Charles (vous connaissez celle de l’ours bleu ?).
Nous finissons par arriver au village (Préssignac), endormi mais éclairé. Nous faisons rapidement le tour des 3 maisons, de l’église et du « puis aux 2 eaux », sans rencontrer âme qui vive ni âme qui boive. Nous décidons alors de repartir vers la piste d’atterrissage pour la remonter à pied de nuit.
Nous marchons à présent sur la route et croisons quelques voitures. La vitesse est limitée à 90, mais visiblement pas moins. Entre deux sauts dans le fossé, notre navigateur, nous fait découvrir le ciel étoilé. Orion est une découverte pour nombre d’entre nous, mystérieuse avec ses 8 à 9 étoiles étroitement regroupées dans une constellation.
Atteindre la piste d’atterrissage requiert encore quelques efforts, à la lueur des téléphones portables, en traversant des champs et des clôtures. Puis enfin, elle est là, devant nous, paisible comme assoupie et uniquement protégée par un grillage de 2m de haut. Nous descendons et remontons la piste, le long du grillage en quête d’une solution lorsqu’enfin un bout de grillage se distingue et semble constituer une porte. Ouverte avec délicatesse, elle nous permet enfin d’accéder à la piste. De nuit, et à pieds, elle semble bien plus longue et large, mais tout aussi ferme. Encore quelques minutes et nous retrouvons nos avions et le chemin qui nous ramène à nos chambres. Fin du premier jour.
Dimanche matin, le petit déjeuner n’est servi que jusqu’à 10h, et les derniers arrivent à 10h. Nous nous retrouvons donc dans la maison du « grand père », sous la véranda, avec un magnifique soleil et un petit déjeuner copieux mais sans canard. Tout le monde semble avoir bien dormi et les discussions s’engagent avec notre hôte sur la MTO et notamment le vent du sud sensé se renforcer rapidement et poser quelques risques pour le décollage. Après quelques échanges, et quelques calculs, il est décidé de privilégier la sécurité et de faire décoller les avions avec un vent arrière mais en les allégeant de 100kg chacun. 4 pilotes, et des bagages, partiront donc en voiture vers Bergerac où les avions iront avitailler et les reprendre.
Le décollage des 3 avions se passe sans problème et le groupe d’aviateurs au sol se tasse dans une 306 en route pour Bergerac. Si la sécurité a été privilégiée pour les avions, elle est beaucoup moins évidente pour la voiture. Il est bien confirmé que 90 est la vitesse minimale autorisée et que les voitures croisées nous forcent à rouler limite dans le faussé. « Ce sont des cousins » nous lance le « jeune » chauffeur, sans doute pour nous rassurer.
Lorsque nous arrivons à Bergerac, les avions finissent d’avitailler et il est temps de se retrouver pour également casser la croute. N’ayant finalement pas retenu l’option aiguillette et flan au chocolat, Frédérique nous a préparé 2 sandwichs chacun, un aux aiguillettes et un aux rillettes de canard. C’est vrai que la 306, çà creuse !
Le retour se fera en 2 branches avec un arrêt à Le Blanc, à l’est de Châteauroux. Le vol est tranquille avec encore quelques « loupés » radio, comme lorsque le contrôleur indique de rappeler « atteignant le point C » et que le pilote répond qu’il rappellerait « à Teignan » (bien embêté car ce n’est pas sur la carte…).
A Le Blanc, le vent s’est levé et les turbulences deviennent fortes, surtout pour les passagers n’ayant "visiblement" pas fini de digérer les rillettes de Frédérique. Le Blanc offre de nouveau une superbe et longue piste en dur avec très peu d’activité. Les atterrissages se font bien en crabe et les changements de pilote sont expédiés afin de repartir rapidement, la MTO sur Paris se dégradant pour la fin d’après midi.
La dernière branche se passe sans encombre et avec une MTO plus clémente que prévue. Les 3 avions atterrissent en 11, piste main droite. L’après vol s’organise, les avions sont lavés et rangés, les carnets de route et de vol renseignés, les comptes faits entre pilotes et enfin les bières savourées. Un superbe week end qui aura de nouveau rapproché des passionnés d’aviation, et même de bateaux, dans un voyage tant aéronautique que gastronomique.
Merci aux Alcyons, à Frédérique et aux canards !
Sébastien
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