L’histoire commence par un voyage prévu pour les îles Scilly, quasi inaccessibles tant par la MTO capricieuse de la Cornouaille que par sa fermeture le dimanche. C’est ainsi chez nos voisins, les aérodromes eux aussi prennent parfois un congé dominical…
Alors, la bonne idée pour finir ces vacances d’été 2010, fut de déprogrammer les îles anglaises pour aller voir nos autres voisins, plus à l’est ceux-là. L’Allemagne, la Bavière, et au nord-est du lac de Constance se trouve un petit terrain semblable à un champs, Tannheim.
A Tannheim se tient pour la 4ème année le meeting de Tannkosh, concurrent junior du célèbre Air Venture d’Oshkosh. L’an passé, 900 avions se sont retrouvés pour célébrer la grand messe aéro, sous les offices de Mattias Dolderer, pilote és-Red Bull, copain de Nicolas Ivanoff. L’an passé, c’était vraiment un meeting sympa nous a-t-on dit, mais il y … pleuvait.
Alors cette année aux Alcyons, nous nous sommes dits qu’il ne fallait pas rater une tel événement. Un équipage fut constitué, Pascal, deux Georges et moi-même, le "TO".. Et deux Georges d’un seul coup, ça valait bien un PA – hahaha ;-).
Les préparations se passent dans la bonne humeur et la curiosité de découvrir ce fly-in. Nous sommes prêts (presque tous..) à respecter les rites de la manifestation et à passer une nuit sous l’aile à la belle étoile. Pas deux, non, juste une... Pour goûter…
Seulement voilà, à l’est, là où nous n’allons jamais ou si rarement, des seaux d’eau bénite sont attendus en ce week end d’été bavarois pour mieux baptiser ceux qui s’y aventureront pour la première fois.
Mon équipage de PNT et moi même avions convenu que si Tannkosh ne passait pas, alors nous ne baisserions pas les bras et irions voir ailleurs comme le ciel est beau.
Comme l’est était décidément bien couvert, que les Vosges de toute façon allaient nous empêcher d ’aller voir la Teutonie, il nous restait deux options pour partir à l’étranger… Le nord : le UK, l’Irlande. Et, le sud, l’Espagne. Décision difficile en ce vendredi, mais finalement, nous choisissons la chaleur. Ce sera Barcelone !
Samedi matin, 9h00. Le ciel est grand bleu et l’agitation du club se fait sentir dans la salle polyvalente (celle des cours, prépa, brief et débrief, TV, bar, restaurant, voire bien d’autres choses, mes amitiés Alex). Tandis que certains préparent l’ouest où il fait grand beau, nous nous interrogeons en scrutant les derniers bulletins météo qui nous annoncent du OVC 700 sur Poitiers, du vent 30 à 40 KT sur Perpignan avec turbulences modérées s'il vous plaît et les sommets des Pyrénées couverts. Il nous fallait bien ça, sinon ce ne serait pas aéro.
On hésite, on repense à l’Angleterre, à l’Irlande. Voire même Biscarosse, mais le copain Raymond là-bas, me dit que son hydravion est déjà bien booké pour le week end. Il est maintenant 10h00, il faut se décider. 10h15, ce sera Angoulême, puis Toulouse Lasborde ! Ensuite, nous aviserons.
Le temps est beau. Angoulême arrive bientôt (ou l’inverse), et alors que l’AFIS prend sa pause, nous allons nous restaurer de la collation que nous avions prévue. Heureusement car impossible de sortir par l’aérogare déserte, portes closes. Ce sera un déjeuner dans l’herbe à côté du taxiway.

Le restaurant d'Angoulême
Bénis soit celui qui implanta un automate pour la 100LL au bout du parking, car ce n’est pas par les services de la CCI que nous allons être aidés ! A Angoulême, il y avait un temps des vols commerciaux, des Ryan Air je crois. Alors on y a construit de belles infrastructures, un restaurant, une tour, des hangars comme vous n’en verrez pas à St Cyr et où, pour sortir l’avion de derrière il n’est pas nécessaire de déplacer celui qui est devant.

On y a mis tout ce qu’il faut pour la sécurité, des pompiers avec deux gros camions à 500k€ la pièce (et 1 € le cheval), prêts à aller pulvériser votre 757 en bout de piste en moins de 34 secondes… Seulement, il n’y a plus de 757, plus de Ryan Air depuis que Michael O’leary n’a probablement pas obtenu ce qu’il voulait. D’ailleurs, les hommes du feu n’étaient pas visibles ce midi là, Juliett Lima aurait pu griller sans que sirène ne sonne. Ca, c’est le service à Angoulême, attendez la suite pour comparer.
Etape suivante, après survol de la Dordogne, Toulouse Lasborde. Prononcez "Toulouseu Lassseubordeu" si vous ne voulez pas passer pour le parisien au premier contact avec la tour.
Accueil charmant à l’aéroclub, où nous pouvons abuser d’un ordinateur et du papier de l’imprimante pour mieux étudier la dernière (MTO) puis déposer notre plan de vol. Pas de bar, juste une boîte (de nuit) fermée où les toulousains doivent pouvoir venir faire autant de bruit qu’un Lycoming, les pieds dans du sable fin (si si, du sable de plage). Certains ont dû probablement penser qu’il fallait regrouper les nuisances sonores au pied de la tour..
Nous avions prévu un passage par Perpignan puis une entrée dans la vallée de Sainte Léocadie à l’ouest (très jolie) pour passer par Font Romeu et descendre derrière vers l’Espagne. Mais avec les 40 nœuds de Tramontane qui passent, là, nous allons éviter. Ce sera la côte, on verra le lendemain pour le reste.

160 noeuds, ça va vite
Deux heures de vol, pour admirer Carcassonne, un ou deux châteaux cathares, le littoral escarpé espagnol de cette belle Costa Brava, puis nous arrivons vers là où le béton sérieux commence, Lloret del Mar, …
Barcelona approach, zis is le Fox Golf Golf Juliett Lima. Contact pris, visiblement, le contrôleur nous a sur son radar, mais se fout complètement de prochain reporting point ! No traffic to report Juliett Lima, continuez et passez où ça vous plaît !


En arrivant en limite de la classe A de Barcelone international, on se dit qu’on va peut-être virer à droite travers Mataro, mais lui à la tour, ça n’a pas l’air de le soucier plus que cela.
C’est au-dessus de la métropole que nous avançons vers Sabadell airport, sorte de Toussus de Barcelone à quelques différences près, nous l’allons voir..

Le train est bien rentré, ça passe
Georges 1er est aux commandes pour intégrer une belle vent arrière, qu’il choisit assez basse pour ne pas perdre la vue du sol ;-), et assez proche de la piste pour qu’en cas de problème, dit-il, nous puissions planer sans encombre pour atterrir sur la 13 qui nous est donnée ce soir-là. Je ne rechigne pas à cette idée, bien qu’un peu dubitatif sur la validité administrative de cette décision.
« Fox Juliett Lima, next time, you may please consider the down wind at higher level and a bit farther » nous indique la contrôleuse, bien poliment. Nous acquiesçons sans aucun problème, mais il faut dire que la visibilité avec le soleil couchant était bien réduite.

Finale 13 à Barcelone Sabadell
Avion parqué, il est temps de tester les services espagnols. Direction la TWR ou 4 pauvres pilotes, il est 19h00, se demandent où passer la nuit. Remarquez, il ne fait pas 14° comme à Tannkosh, mais bien autour de 30°…
Deux personnes nous accueillent, passent un ou deux coups de fils pour trouver un hôtel suite à notre demande dans un espagnol approximatif. Nous attendrons en terrasse au bar de l’aéroclub (le plus important du pays, 10 000 hdv), une Estrella bien mousseuse pour nous remettre du soleil.
15 minutes plus tard, arrive Jorge (le troisième), de nulle part. Jorge, arrive du ciel, avec deux chambres doubles à 70 € l’une. Jorge, travaille pour une société de handling www100ala.com, tél +34 937 120 781. Notez le bien, ça peut vous servir lors de votre prochain voyage.
Pour tout pilote français, l’écoute du mot « handling » suppose « méfiance », car l’addition risque d’être en rapport avec le Citation qui stationne pas loin.
Tout est complet sur Barcelone centre, nous prenons une option pour cet hôtel dans Sabadell. Recommandé si vous y allez pour une nuit, car c’est bien moins cher et le lendemain, vous êtes en 5 min à l’aéroport au lieu de 30.
Jorge nous y conduira, mais il va aussi nous proposer de nous déposer dans Barcelone (il est près de 21h un samedi soir). Il va aussi accepter de nous emmener voir la Sagrada Familia pour Georges II (vous suivez ?) qui ne connaît pas. Prix du service 30€, moins cher que le taxi local qui est à 40 €.
Dîner dans le barrio Gotic, il y a l’embarras du choix … et c’est tellement sympa.
Le lendemain, nous devons partir le matin. Hé oui, ouiquende très aéro, peu de temps pour la visite de cette superbe ville et disons le, si vous venez à Barcelone, prévoyez un peu plus que la soirée. Une journée sur place ne sera pas de trop.
Pour payer l’hôtel, on nous indique au comptoir que tout est pris en compte par la société de handling. Là, … nous nous regardons, tous les quatres, d’un air plus qu’interrogateur, pour savoir à quel prix nous allons être mangés. Jorge nous attend devant l’hôtel à l’heure précise que nous lui avions indiquée, toujours disposé à nous démontrer que le « service » existe encore par endroits.. Il est espagnol, mais a vécu de nombreuses années à Detroit, MI… Ceci explique peut-être cela...
Arrivés à Sabadell, Jorge nous propose de régler les taxes d’aéroport (12 €). « Yes, this is possible Sir, we’ll put eveything on the same invoice » Surpris, nous proposons de payer ces taxes directement. Qui a dit que nous nous méfions du Handling ?
Le temps de prendre une MTO pour le retour, de déposer notre plan de vol et voilà Jorge avec l’addition.
Futurs navigateurs vers Barcelone, voici la surprise :
Allez donc trouver cela à Toussus ou dans un autre aéroport par chez nous ou ailleurs au nord, et surtout, surtout, dites-le-moi !
Passé cette bonne surprise, mise en route un peu avant midi pour activer le FPL à midi précise. Georges, le second (vous suivez ?) contacte la gentille contrôleuse - la même que la veille, qui nous rappelle le secteur de sortie, histoire de bien veiller à ce que l’on ne passe pas là où fopa ! Une information de trafic bien menée, nous quittons Sabadell sous contrôle de Barcelona Approach, direction la côte, car, les sommets sont toujours accrochés de nuages ce matin. En route pour Montpellier.
Une dizaine de minutes plus tard, temps de curée et vont s’enchaîner une variété de paysages fantastiques.

A Montpellier, le contrôle est accomodant, et nous propose de choisir la piste. La petite ou la grande 31 ? Nous lui répondons par celle la plus proche du restaurant ! Ce sera la grande donc, pour le même prix.. Autant en profiter. 14€ environ.

Finale 31 à Montpellier
Arrivée en semi directe main gauche, devant nous un foker Air France est au point d’arrêt. « Prêt pour un immédiat ? » Affirm répond-il. Nous, nous réduisons, et lui, pfuiii, ça décolle vite et ça monte tout aussi vite. Georges II qui s’était annoncé « au dessus » du cap d’Agde quelques minutes plus tôt, gère sa finale entre deux liners. Je questionne le contrôle sur le parking le plus proche du restaurant, le Fox unité sur la gauche nous ira très bien.
De Montpellier, que nous quittons une heure plus tard le ventre mi-plein et sous une trentaine de degrés, nous prenons un cap 330. Car par là, il y a des choses à voir...
Les Cévennes, avec au sud le Cirque de Navacelles (qu’on a un peu loupé), que l’on longe pour éviter le survol direct, limité à > 3300 pieds. Quel coin sauvage !
Puis l’on aperçoit le viaduc de Millau, suvol des gorges du Tarn, du pont de Garabit (une construction Eiffel), la chaîne des puits, Clermont, pour aller avitailler et changer de pilote à Vichy. A Vichy, un automate bienveillant nous attend. Pour le reste no service… On commençait à y prendre goût.
Départ pour la dernière branche, c’est Georges (1er) qui entame un survol low altitude de l’Allier pour aller rejoindre la Loire à Nevers, puis direct Saint Cyr.
Presque 12 hdv pour boucler la boucle sans jamais passer par Tannheim, mais vraiment, aucun regret. Si, juste un, ça dure vraiment pas assez longtemps.
Tannheim, rendez-vous l’an prochain !!
Laurent
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