Le 26 avril 2008 s'est tenue au Club une séance d'initiation au Rallye aérien et pilotage de précision, animée par Jean-Pierre Delmas, notre vaillant champion de France de la discipline. Séance suivie d'un exercice pratique au large de Pontchartrain, interrompu après 10 minutes de vol pour cause de … bourrasques de neige et plafond de plus en plus epsilonnesque.
Mais c'était suffisant pour que l'envie soit née…
Et voici que le 29 avril je reçois un SMS de Jean-Pierre : es tu libre pour partir demain et concourir au championnat de rallye aérien à La Baule le 1 et 2 mai ?
Ça ne se refuse pas ! Je fais le ménage dans mon carnet de rendez-vous, et nous voici dans l'après midi du 30 à l'aérodrome de Pontoise où nous préparons le Cessna 152 F-GBQD. Pourquoi cet appareil ? En rallye aérien, deux qualités sont recherchées : excellente visibilité vers le bas, et vol lent. Les Cessna 150 et 152 sont donc les rois de la catégorie.
Le grain !
Mais la première épreuve consiste à convoyer l'avion jusqu'au lieu de la compétition. Ce jour là ça tombe mal : vent bien établi au 220 pour 30 KT. Route vers La Baule : justement le 220 ! Vitesse propre du C152 en croisière : 100 KT. On va donc mettre un peu plus de 3 heures (vitesse sol = 70 KT) pour rejoindre La Baule sans dépasser 1.500 pieds (au dessus c'est pire).
Mais en revanche, trajet en ligne droite, juste un petit grain à traverser.
A La Baule-Escoublac, le 1er mai au matin, règne une effervescence inhabituelle. Une vingtaine d'équipages sont arrivés de tous les coins de l'hexagone. Retrouvailles chaleureuses entre tous les pratiquants du rallye qui se rencontrent 4, 5 ou 6 fois chaque saison.

C'est ça un glass cockpit ?
Chacun met son avion en ordre de marche "rallye", qui n'a rien à voir avec ce qu'on connaît. Jean-Pierre a son grand panneau de plexiglas sur mesure, qu'il superpose au tableau de bord standard du C152. Ne resteront vraiment lisibles que les deux seuls instruments utiles : le badin et le compas. Tout le reste sera plus ou moins recouvert par les extraits de cartes, les photos à reconnaître, les feutres, les abaques... et, face aux yeux du pilote, les chronos.
Dans la salle de réunion du Club, briefing pour l'épreuve de rallye.
C'est simple : tous les instruments sont interdits. Vous pouvez laisser au vestiaire VOR, GPS, NDB, DME, HSI, ILS, PC, calculette, PDA, GSM, BlackBerry …
Les organisateurs distribuent la documentation : un extrait de carte routière au 1/250.000 et une feuille d'énoncé. Sur cette feuille sont indiqués les points tournants du circuit, au nombre de 8. Indiqués comment ? Par un savant mélange de coordonnées géographiques, de Nm et de Km, de caps géographiques et magnétiques, de From et de To… bref tout ce qu'il faut pour se planter.
Ensuite ½ heure avant le décollage nous est remis une fiche de route avec l'heure précise du décollage, à la seconde près (l'agent AFIS est prévenu), et l'heure tout aussi précise de passage à chaque point tournant. Ce timing d'enfer est accompagné de 16 photos, dont les sujets sont situés sur la route. Mais où exactement, that is the question ! Et enfin on nous confie un GPS "aveugle" qui sera le mouchard de notre nav.
Renseigner la carte avec tous les points de passage minute par minute, découper les planches de photos… et il est plus que temps de s'installer dans l'avion pour décoller à l'heure. Sinon, pénalité ! Le catalogue des pénalités est grandiose :

Planche de bord inhabituelle !
Roulage, alignement, déco et la course commence. Une course de non-vitesse où les principaux adversaires sont la montre et le cap. On revient bien aux origines de la navigation. Il faut déjà passer le premier point dit Start Point. C'est un banal carrefour de deux départementales. Alors que nous allons passer ce carrefour juste au temps indiqué, Jean-Pierre se rend compte que ça n'est pas celui là mais un autre situé 400 mètres plus loin. Autant pour moi qui occupe le poste d'observateur ! Plein gaz, virage accentué, et nous passons le Start Point avec plus de 30 secondes de retard. Ça commence mal. On se consolera plus tard en constatant que certains n'ont même pas trouvé le Start Point!
Ensuite nous suivons fidèlement le trait imaginaire au sol. Avec check permanent de l'avance ou du retard par rapport au timing. Et en regardant dehors en permanence. Car d'une part c'est le "trait au sol" qui est notre repère de guidage, et d'autre part il faut regarder attentivement pour essayer de repérer les 16 photos. Ça y est, en voici une. On note précisément sur la carte l'emplacement et la référence de la photo, on enlève la photo du tableau de bord et on marque le timing où la photo a été aperçue. Et là, une deuxième photo, et c'est moi qui l'ai vue le premier. Bon, j'aurai au moins servi à ça.
C'est que ça n'est pas facile ces photos. Elles sont déjà de qualité moyenne (c'est certainement voulu). Et les sujets sont sadiques. Par exemple, pont sur route. Mais sur le trajet il y a 7 ou 8 ponts semblables… et il faut voir que sur la photo à reconnaître, il y a une petite cabane au toit rouge à 50 mètres du pont. Et bien sûr au départ on ne sait pas que c'est ça qui va faire la différence. Les champs avec haies c'est pas mal non plus… Heureusement, les organisateurs ont glissé un ou deux châteaux d'eau ou clochers, de façon à ce qu'on ne se dise pas "j'ai rien trouvé". Surtout qu'il y a toujours 15 KT de vent à gérer.
En vol à 65 kts… voyez l'incidence !
Les points tournants se suivent, quelques photos dégagent du tableau de bord, en vent arrière on a pris de l'avance il faut voler tout doucement, puis une heure après le déco, on passe le Finish Point. Il va nous rester 5 minutes après l'arrêt parking pour rendre notre copie.
Suspense !
A l'heure de l'apéro c'est en fait l'heure du résultat des courses. Nous avons 500 et quelques points… Aïe, Jean-Pierre a loupé un point tournant. Et nous sommes 4ème. Sachant qu'avec un équipier à la hauteur, Jean-Pierre aurait été 1er ou 2ème, une moyenne arithmétique permet de calculer mon vrai niveau !
Un équipage d'Angers avec lequel nous avons sympathisé, et dont c'est le premier rallye, totalise 2.200 points et se qualifie lui-même de 1er des mauvais. C'est vrai que les autres "mauvais" ont fait encore plus. Ça n'empêche pas que la bonne humeur soit omniprésente.
C'est l'heure du dîner super bien organisé par l'équipe de La Baule… avec ambiance garantie.
Ensuite dodo : lorsqu'on a lutté pendant une heure entière avec les 1/10ème de nautique et les secondes, tout en écarquillant sans cesse les yeux sur un paysage énigmatique, pas de problème pour s'endormir.
Le lendemain, briefing pour la seconde épreuve de rallye… qui va être annulée pour cause de stratus persistants.
Le soleil va quand même s'imposer, et l'après midi aura lieu l'épreuve de pilotage de précision. C'est un peu comme le rallye, sauf qu'on est seul à bord pour suivre le trait au millimètre, passer à la seconde près, reconnaître toutes les photos… et en plus des marques sont disposées au sol par les gentils organisateurs. Et pour corser le tout, il y a aussi des "points secrets", qui sont situés sur le trajet hors des points tournants et pour lesquels on est aussi chronométré. En rallye il faut être pile à l'heure à chaque point tournant, toutes les 5 à 10 minutes. Là il faut être pile à l'heure tout le temps !
Je concourre en catégorie "découverte". C'est là qu'on met ceux qui ne sont pas "élite" et même pas "honneur"… le fond du panier quoi. Et on a droit à un accompagnateur. Evidemment je fais appel à Jean-Pierre.
J'ai décidé de me concentrer sur le cap et la montre, et de ne prendre que les photos qui me sauteront dessus. Car le vrai risque est de se perdre : dans ce cas on fait exploser le compteur à pénalités.
Je décolle et me dirige vers le starting point. J'essaie d'arriver par une sorte de PTU horizontale, et ça marche : je passe le point à la seconde pile. Ça commence bien et le moral est au beau fixe. J'avance droit sur la branche (facile il n'y a pratiquement plus de vent) et me prépare à passer le point tournant qui est devant. Heureusement que j'ai Jean-Pierre car j'estime avoir quelques secondes de retard. Lui, expérimenté, me dit qu'au contraire j'ai une bonne dizaine de secondes d'avance. Mais le point est à moins de 30 secondes. Tous les volets dehors. Réduction de la vitesse de 70 KT à 55 KT. Léger louvoiement pour perdre du temps… et je passe avec seulement 2 secondes d'écart.
Et J-P me dit alors que même si je ne recherche pas spécialement les photos, je pourrais au moins guetter les signes au sol, formés de larges bandes blanches, ils sont clairement visibles. Oui bien vu, il y en a justement sur chaque point tournant.
Je note soigneusement, et maintenant que le point tournant est passé, il faut que je me positionne sur la branche suivante.
Je continue à progresser et au bout de 5 minutes sans histoire on arrive au prochain point tournant. Et là catastrophe… le Titanic sombre dans la Bérézina : J'ai trop corrigé l'écart latéral dû au virage du dernier point tournant, et j'ai navigué presque un nautique à gauche du trait. Alors j'engrange un point tournant manqué (200 pts) et j'apprendrai à l'arrivée que sur cette branche il y avait un point secret : 200 pts de plus.
Cette fausse manœuvre m'a fait prendre une bonne avance sur l'horaire et pendant 5 minutes je fais des zigzags à 60 KT pour me recadrer en temps. Pilotes pas à l'aise en dessous de 80 kts, entraînez-vous !
Tiens, voici une photo qui se présente à moi spontanément. Welcome, je la note. Encore un point tournant, passé cette fois, et à l'heure, avec vue des marques au sol, et coup sur coup 2 photos.
On aperçoit le Finish Point, j'ai de l'avance, et un savant louvoiement à 60 KT (ça y est j'ai l'habitude) me permet de passer le FP avec 1 seconde d'écart !
Cap sur La Baule. Jean-Pierre me dit que ça serait bien si je lisais l'énoncé du trajet jusqu'au bout. Il est effectivement précisé : retour à La Baule par le sud de Guérande. Merci Jean-Pierre, 200 points d'économisés !
Après atterro, on passe devant les organisateurs qui dépouillent notre GPS-mouchard et relèvent les observations au sol.
Puis vient le résultat final. Je (avec l'aide de mon joker J-P) suis bon, malgré ma bourde sur le point tournant loupé, et sinon j'aurais été excellent (en catégorie "découverte", bien sûr).
Bon, j'ai plus qu'à m'entraîner un peu-beaucoup (pendant quelques années) et être plus régulier.
Puis vient la distribution des prix, avec les pontes de la Fédé, le comité régional, la chambre de commerce, le photographe de Ouest-France….
Il y a des coupes pour les meilleurs. Moi j'ai droit à une médaille, comme tout le monde !
Le soir un cochon de lait qui a grillé tout l'après midi vient réjouir nos estomacs pendant que chacun raconte ses meilleures anecdotes.
Et voilà, c'est fini !
Du moins pour moi qui ne vais pas participer aux atterrissages de précision.
C'est quoi ? Ça consiste à atterrir sur un ensemble de repères, dits "porte-avions", de préférence sans moteur et sans volets. La partie du porte-avions qui ne déclenche aucune pénalité est longue de 2 mètres. Bien sûr, "trois points" et rebonds sont sévèrement pénalisés. Facile hein ?
Enfin, un dernier mot à propos de l'Aéro-club de la Côte d'Amour, organisateur remarquable de cette manifestation réussie à tous points de vue.
Évidemment comme partout les bénévoles sont rares, mais la qualité supplée la quantité, et il faut leur redire un grand merci.
Et je ne résiste pas à l'envie de vous donner un aperçu des locaux du club : un vrai château ! La Baule : belle destination pour vos prochains voyages.
Jean Luc Gardie
Les Alcyons - Aérodrome - 78210 Saint Cyr l'Ecole - Yvelines - tél 01 30 45 18 44 - fax 01 30 45 55 73 (plan d'accès, pilotage à 20 min. de Paris)
Contacts : secretariat - instructeurs - webmaster. Secretariat ouvert du mardi au samedi, 9h-13h et 14h-17h
Formation au pilotage - Perfectionnement - Voyages en avion - Baptêmes de l'air - Copyright Alcyons 2007.