Cela me démangeait depuis quelques années et cette fois je suis partie à la montagne avec une idée derrière la tête en emportant ma licence, mon carnet de vol, la carte sud-est et les cartes VAC de Mégève et Sallanches.
Après Noël, j’appelle l’aéroclub de Mégève : aujourd’hui on ne vole pas, c’est la tempête (dans la vallée il fait enfin beau, mais nous constaterons qu’au sommet du Salève qui domine Genève le vent est assez fort pour les Sky-skieurs, skieurs propulsés par des cerf-volant), je m’annonce « pilote de plaine qui souhaiterait découvrir la montagne » et rendez-vous est pris pour le 27 décembre midi.
Samedi matin , dans la vallée le plafond est bas, j’appelle l’aéroclub pour vérifier la météo et on m’annonce « Sky is clear ».
A l’aéroclub, j’apprends que Bruno Muller, le chef pilote, sera mon instructeur et que ma machine sera un Jodel D119, F-PJGS. Par rapport au DR221, ce n’est pas dépaysant. L’avion est un train classique avec deux places. Sous les trois roues se trouvent des skis. Il n’a pas de volet, ni de frein d’ailleurs. A l’intérieur les instruments sont limités au plus simple (badin, altimètre, compas, compte-tour moteur, indicateur de charge batterie et radio). La jauge d’essence est un flotteur sur le dessus du réservoir qui dépasse du capot moteur. Il y a deux paires de raquettes à l’intérieur. Bruno me demande de laisser mon sac à dos au club et prend un sac de survie.

Ces deux photos seront les seules que je prendrais car après il faut piloter et admirer !
La mise en route est très simple. La radio aussi, on la fera au départ, on ne clôturera pas, puis une seule fois en l’air à l’approche d’un autre avion et à l’arrivée pour s’annoncer. Il paraît qu’en montagne on ne parle pas beaucoup. On réduit la mixture car le terrain est déjà à près de 5000ft.
On met un peu de gaz pour aller au début de la pente puis on s’engage dans la pente, le poids du moteur nous entraîne, on met enfin plein gaz et on décolle trois points. Petit palier pour accélérer et puis on remonte, 130km/h on contourne le Mont d’Arbois, on survole St Gervais puis on s’engage vers la vallée de Chamonix tout en continuant à monter jusqu’à 11 000 ft. On survole le Brévent dont j’ai fait l’ascension à plusieurs reprises dans ma jeunesse. De l’autre coté de la vallée, on admire le Dôme du Goûter quelques centaines de mètres sous le Mont-Blanc, qui nous domine. On survole Chamonix puis on continue vers Argentières, les grands Montets. Au fond de la vallée, la visibilité étant excellente on voit très loin, je reconnais le Cervin à la forme si caractéristique. En Suisse, on tourne à droite après Valorcine vers le glacier du Trient, très haut perché qui fait une sorte de cirque pratiquement au dessus de Martigny.
Ah, il y déjà un avion, un Piper, quelques échanges à la radio pour se repérer mutuellement et puis Bruno repère le glacier, un peu soufflé de la veille mais c’est suffisamment correct.
Bruno m’annonce, « maintenant tu es en longue finale », mais pour où. A oui devant nous il y a déjà des traces, on a réduit un peu les gaz et on maintient 120km/h. Enfin on touche, c’est un peu bosselé et on est secoué. On ne réduit les gaz qu’en haut de la côte avant de s’arrêter après avoir fait demi tour. On admire le paysage somptueux avec ce soleil éclatant. Enfin, on décolle puis encore un demi-tour de piste pour se poser à nouveau mais cette fois sur d’autres traces à 90° des premières. Demi-tour en haut et on redécolle.
En repartant, on rase la vallée sur la gauche (on vole à gauche dans la vallée de Chamonix, cela évite de se trouver nez à nez avec un autre avion dans une vallée), on laisse le glacier du Tour, trop soufflé, puis on s’engage dans la vallée occupée par le glacier d’Argentière. En arrivant au fond de la vallée, il faut surveiller l’altimètre pour ne pas monter (en fait pendant tout le vol, j’aurais le nez sur l’altimètre car il n’y a plus de repère d’horizon et il y a beaucoup de sensations visuelles perturbantes). Avant de sortir de la vallée, Bruno me fait descendre en dessous de 9500 ft pour aller voir les séracs de près. Cela fait froid dans le dos ! Il ne vaut mieux pas imaginer ce qu’il se passerait si on touchait là (beaucoup de casse assurément !).
En sortant, on tourne encore à gauche en descendant la vallée de Chamonix, jusqu’à la Mer de Glace. « Serres plus à gauche me dit Bruno » Les distances sont difficiles à estimer, j’ai l’impression que mon aile va toucher la montagne On s’enfonce dans cette vallée qui se sépare en deux : à gauche la vallée du glacier de Leschaux avec les grandes Jorasses au fond et à droite vers le sud la vallée Blanche réputée des skieurs - tiens d’ailleurs on en voit quelques uns en bas qui descendent de l’Aiguille du Midi que nous admirons sur sa face sud - et en dessous le glacier du Tacul. Enfin il faut ressortir. En débouchant de la vallée, attention aux câbles du téléphérique de l’Aiguille du Midi (je les vois au denier moment, c’est vraiment traître) puis le glacier des Bossons et enfin le retour vers Mégève.
Après être passée quasiment par la verticale du terrain, je suis maintenant alignée en finale vers les traces de ski. Au dernier moment Bruno me fait aligner sur une zone de neige fraîche. On se pose tout en douceur sur la neige, le toucher n’est pratiquement pas perceptible. On maintient les gaz pour remonter la piste jusqu’à la plate-forme en haut.
Voici un super vol sans photo, mais vous comprendrez que j’avais autre chose à faire ! La prochaine fois, c’est promis j’emmène des passagers qui prendront des photos.
Merci à Christophe Mathy qui m’a prêté quelques photos que voici pour vous mettre l’eau à la bouche.
Solange







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